Dès les premiers rayons de soleil, les plaines de jeu sont joyeusement animées à Amsterdam. Sur les bancs, non pas des étudiantes ou des assistantes maternelles, mais des femmes, seules ou entre copines et qui, à première vue, pourraient facilement faire partie de la population active du pays. Mais elles ne sont finalement qu’une sur cinq à travailler plus de 35 heures par semaine aux Pays-Bas et, surtout, 48 % à ne pas être indépendantes financièrement.

"Les femmes doivent cesser de culpabiliser par rapport à leurs familles. Elles devraient plutôt se sentir responsables de tout l’investissement fait pour elles par le gouvernement", s’indigne Jet Bussemaker, rappelant les 6 000 euros investis par étudiant chaque année. La ministre de l’Education, des Sciences et de la Culture, ancienne étudiante de l’université d’Amsterdam, membre du parti travailliste PVDA et âgée aujourd’hui de 52 ans, est en place dans la nouvelle coalition depuis novembre 2012. Elle qui fait partie du petit 11 % de femmes néerlandaises à occuper un poste à responsabilité, est à l’origine d’une note au Parlement sur l’émancipation. "Trop de femmes ne réalisent pas que, si le salaire de leur mari disparaissait suite à un divorce ou une perte d’emploi, leur famille n’aurait aucun repli."

Les beaux jours du temps partiel

Des allocations diverses, des déductions pour la garde des enfants et la possibilité d’accéder à un logement social à faible loyer sont les solutions offertes aux femmes subitement seules.

"J’ai 36 ans, deux enfants et ma situation me semble vraiment étrange", raconte cette maman fraîchement divorcée. "Si j’occupais un travail à temps complet comme le voudraient mon niveau d’études et mes compétences, je ne bénéficierais d’aucune aide, j’aurais finalement moins d’argent à dépenser et moins de temps avec mes enfants. Mon groupe social est intermédiaire et rien ne nous encourage à faire de grands choix professionnels. Je comprends ce que le gouvernement veut dire, j’aimerais être indépendante, gagner ma vie, continuer ma carrière. Mais avec deux enfants et tous les frais liés à leur éducation, avec le prix des loyers, cette situation ne serait viable que si je pouvais avoir un pouvoir d’achat conséquent à la fin du mois. Et ce n’est pas le cas." Après son divorce, elle a donc décidé de chercher un temps partiel de trois jours et de s’occuper de ses enfants le reste de la semaine.

Finalement, le même problème traverse à la fois les années et les crises économiques, il s’agit du temps partiel. Le cas des Pays-Bas est particulier au sein des Etats membres de l’Union européenne puisque la croissance du travail à temps partiel y demeure constante et importante. Selon une étude d’Eurostat, les Pays-Bas dominaient encore le classement en 2012, avec 50 % de la population travaillant seulement quelques jours par semaine - femmes en tête.

Depuis 2006, des tentatives diverses ont été mises en œuvre par le gouvernement à l’appel pressant des syndicats, des politiciens et du patronat. Le secteur de la petite enfance, grâce à une politique familiale incitative, s’était alors fortement développé sans provoquer un retour important des femmes sur le marché de l’emploi. Cette année, de nouvelles restrictions budgétaires, incluant une diminution importante des allocations, ont entraîné une fréquentation des crèches en berne et un certain nombre d’entre elles ont tout simplement fait faillite.

Même si le choix des Néerlandaises ne se reflète pas dans les statistiques économiques, il est très certainement vecteur important de la douceur de vivre des enfants, caractéristique incontestable des Pays-Bas.