Jean-Marc Ayrault lui-même s’y est essayé, mais sans succès. “Brignoles, ce n’est pas la France !”, s’est exclamé le Premier ministre, lundi. Mais sans parvenir à calmer la frénésie de commentaires à propos du Front national (FN), qui s’est emparée des médias et des états-majors politiques depuis dimanche soir. Depuis que le candidat du parti lepéniste a remporté une élection cantonale partielle à Brignoles, dans le Var (Provence). Ce qui permet à l’extrême droite de décrocher son deuxième siège de conseiller général – il en avait déjà un : élu à Carpentras (Vaucluse), en 2011.

Un événement électoral à relativiser

Deux conseillers généraux lepénistes, donc, sur les 4 000 élus départementaux de ce type que compte la France. D’autres facteurs, pareillement, relativisent l’importance de ce scrutin.

Il ne concerne jamais qu’un canton (soit l’échelon intermédiaire entre la commune et le département), canton totalisant 20 000 électeurs (sur les quelque 45 millions du corps électoral national). Un canton où, qui plus est, moins d’un électeur sur deux a voté, dimanche. Un canton qui, en outre, avait déjà élu un conseiller général FN aux cantonales de 1994, puis de 2011. Ce dernier scrutin ayant été invalidé, l’année suivante, il n’avait manqué que 13 voix au candidat FN pour s’imposer.

De longue date, au demeurant, le département du Var offre au FN ses plus beaux scores méditerranéens. Pour s’en tenir uniquement à deux références historiques, c’est dans le Var qu’en 1986, la députée frontiste Yann Piat parvint à se faire élire à l’Assemblée nationale, puis qu’en 1995, Jean-Marie Le Chevallier remporta les élections municipales pour la mairie de Toulon.

Le contexte local et départemental de ce succès du FN est donc très particulier. Raison pour laquelle Marine Le Pen elle-même l’a admis, lundi : “Nous ne nions pas le fait que l’élection de Brignoles n’est qu’une élection partielle sans portée nationale immédiate, ce que nous avons toujours reconnu”.

Une forte dynamique, dans les sondages

L’intéressée n’en a pas moins été fondée à souligner que, “c’est la première élection partielle depuis 2012 que le FN remporte. Cela prouve qu’en dépit d’un mode de scrutin (majoritaire à deux tours) injuste, le FN parvient désormais à avoir des élus”. En outre, “en nombre de voix comme en pourcentage, ce canton n’a jamais autant voté FN” que dimanche. Et son candidat a progressé d’un tour à l’autre, alors que tous les autres partis s’étaient coalisés contre lui. Un analogue progrès de l’extrême droite avait déjà été constaté dans deux cantonales tenues dans l’Oise (Picardie) et le Lot (Aquitaine). L’on peut aussi noter qu’à Brignoles, le candidat socialiste n’a même pas réussi à se qualifier pour le second tour, qui a opposé le FN à la droite UMP. Au total, depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande, c’est la huitième élection législative et la troisième cantonale partielles successives où le PS est tenu en échec.

Ce piètre état socialiste contraste avec l’éclatante santé électorale dont les sondages créditent le FN. Une dynamique qui, malgré tout, n’augure pas forcément d’un raz de marée lepéniste dans cinq mois : aux élections municipales – scrutin qui a des ressorts très particuliers. En revanche, les Le Pen pourraient être à la fête aux européennes de mai 2014, d’autant que les Français se sont toujours servis de ces élections comme d’un vote “défouloir”. Pour autant, le fameux sondage qui, la semaine dernière, a donné le FN grand vainqueur en mai – et donc, historiquement, premier parti de France – est entaché de choix méthodologiques douteux, qui rendent sa conclusion aléatoire.