Le piratage dévastateur de Sony Pictures par la Corée du Nord et l'annulation de la sortie du film "L'interview qui tue!" pourraient coûter au studio de cinéma jusqu'à un demi-milliard de dollars, estiment des experts.

L'annulation de la sortie du film "L'interview qui tue!", qualifiée "d'erreur" par le président américain Barack Obama, a fait exploser le coût potentiel du piratage dont a fait l'objet Sony Pictures fin novembre d'après Hemanshu Nigam, fondateur de la société de conseil en sécurité informatique SSPBlue.

Ce coût atteint probablement à présent "500 millions de dollars", a-t-il dit à l'AFP.

"L'interview qui tue!", film parodique sur un complot fictif de la CIA pour assassiner le leader nord-coréen Kim Jong-Un, a déclenché l'ire de Pyongyang, qui l'a qualifié d'"acte de terreur".

Le 24 novembre, Sony Pictures a fait l'objet d'une attaque informatique massive revendiquée par le "GOP" ou "Guardians of Peace", attribuée par le FBI à la Corée du nord. Ce piratage sans précédent a paralysé son système informatique et s'est accompagné de la diffusion en ligne de 5 films du studio dont certains pas encore sortis.

En outre, les données personnelles de 47.000 employés et tiers ont été diffusées en ligne ainsi qu'une très large quantité de documents confidentiels comme le script du prochain James Bond, et une série d'emails très embarrassants pour les dirigeants de Sony.

Mercredi, alors que le GOP menaçait de s'en prendre aux salles de cinéma si "L'interview qui tue!" sortait comme prévu le jour de Noël, les principales chaînes de cinéma ont renoncé à le projeter et Sony Pictures a emboîté le pas.

Les coûts de production et distribution seuls du film engagés par Sony sont évalués à environ 75 millions de dollars. A cela s'ajoute selon M. Nigam "plusieurs centaines de millions de dollars de recettes non réalisées".

Il souligne que le film avait bénéficié d'une énorme exposition médiatique et pouvait espérer engranger 200 à 300 millions de recettes à l'international.

Sony a toutefois changé de ton vendredi, affirmant "espérer toujours" diffuser le film d'une façon ou d'une autre et rechercher "des voies alternatives".

Une sortie en VOD ou sur des sites internet de visionnage en flux payants diminuerait largement les pertes. Des célébrités comme l'écrivain brésilien Paulo Coelho ont par ailleurs offert d'acheter les droits du film et le mettre gratuitement en ligne.

D'après M. Nigam, le nettoyage et remplacement du système informatique devrait se chiffrer à "quelques dizaines de millions de dollars".

Kevin Haley, directeur du conseil en sécurité chez le cabinet spécialisé Symantec, estime aussi que "la perte de productivité des employés qui n'ont pas pu accéder à leurs ordinateurs" et ont vu leurs disques durs effacés et tous leurs documents volés, y compris des scenarii, des rapports financiers et "le processus de nettoyage du système informatique, va s'avérer terriblement coûteux".

A cela s'ajoutent des dépenses juridiques monumentales: Sony, cible d'une plainte en nom collectif d'employés pour ne pas avoir su protéger leurs données personnelles, va devoir engager un bras de fer avec ses assureurs pour récupérer une partie de ses pertes.

Le studio va aussi devoir prendre en charge les retombées pour ses employés et clients du vol de leur données personnelles et notamment "des possibles vols d'identité", remarque Roel Schouwenberg, de Kapersky LAB.

Enfin, les experts soulignaient qu'il était difficile d'"évaluer les dégâts pour la réputation de Sony Pictures" mais qu'ils seraient considérables.

Sony va devoir renouer avec des célébrités comme Angelina Jolie qui a été qualifiée dans un courriel diffusé par le GOP d'"enfant gâtée au talent limité".

Tout cela survient alors que Sony Pictures était "déjà en difficulté" avec des "films en gestation qui ne sont pas des plus solides", estime pour sa part Jeff Bock, de la société spécialisée dans le box-office Exhibitor Relations.

Les tourmentes de sa filiale hollywoodienne pourraient toutefois ne représenter qu'une goutte d'eau pour Sony, un groupe japonais diversifié aux revenus de plus de 50 milliards de dollars par an.