E lle redoutait une longue et pénible agonie mais depuis quelques années, sentant venir sa fin terrestre, Sœur Emmanuelle se réjouissait en même temps de "pouvoir bientôt regarder Celui qui l'a aimée toute sa vie" . En ce sens, comme nous le rappelait le président de son association belge, Michel Verhulst, son départ sur l'autre rive est aussi "le plus beau jour de sa vie"... Et cela d'autant plus qu'elle s'est éteinte comme une petite flamme dans la nuit "sans bruit, ni souffrance, ni angoisse" . Depuis quelques jours, celles qui l'entouraient la trouvaient particulièrement fatiguée mais de là à imaginer qu'elle s'en irait sur la pointe des pieds...

Reste que le monde catholique et bien d'autres hommes et femmes de tous horizons et tous bords - comme on le lira par ailleurs - ont appris avec tristesse le décès de la religieuse belgo-française à un peu moins d'un mois de son centenaire qu'elle aurait fêté le 16 novembre prochain. Plus question de grands déplacements mais les Amis de Sœur Emmanuelle-Belgique avaient quand même pu décrocher encore quelques (brèves) rencontres afin que la presse belge qui l'a toujours soutenue dans ses combats puisse aussi préparer son anniversaire exceptionnel. Notre consœur de la "DH" Nancy Ferroni (lire en page 5) fut ainsi une des toutes dernières, sinon la dernière journaliste à avoir pu la rencontrer vendredi passé à Callian sur les hauteurs de Nice où elle s'était installée après ses accrocs de santé. D'autres rendez-vous, dont un avec "La Libre" étaient prévus fin de ce mois mais le destin en a décidé autrement.

En Belgique en avril 2005

Son ultime visite en Belgique remontait à avril 2005. Dans la dernière décade du mois, elle devait, comme elle adorait le faire, participer à une tournée de rencontres tant en Flandre qu'en Belgique francophone. Avec en point d'orgue un débat avec le P. Guy Gilbert au théâtre Saint-Michel à l'initiative de l'Institut d'études théologiques. Mais un malaise important en décida autrement. C'est donc aux soins intensifs à Saint-Luc que l'animateur du débat, le P. Tommy Scholtes et le P. Gilbert allèrent la rencontrer.

"Nous avions amené l'huile consacrée pour lui administrer le sacrement des malades" se souvient le directeur de Cathobel "mais Sœur Emmanuelle nous attendait dans son fauteuil, la situation bien sous contrôle des moniteurs et elle mena un bref échange avec nous d'une voix encore plus frêle que de coutume, se réjouissant de nous voir et faisant fi de ce que Guy Gilbert l'appelait 'mon brontosaure'! Je m'apprêtais aussi à aller la revoir mais j'ai eu la surprise et la chance de l'entendre il y a 15 jours au téléphone pour me souhaiter un bon anniversaire !"

Mais par-delà ses souvenirs personnels, Tommy Scholtes gardera aussi des souvenirs de ses nombreuses visites à notre pays où elle rencontrait les jeunes et les moins jeunes mais aussi des prisonniers, des SDF, des demandeurs d'asile...

"Elle était à l'aise devant tous les publics, attentive aux prisonnières, très philosophe à la grande salle de la Cour de cassation pour la Conférence Saint-Yves mais éclatante devant tous les publics avec son parler vrai tant lorsqu'elle parlait des bidonvilles du Caire que de la situation au Soudan. Et puis cette grande petite bonne femme avait un franc-parler sur le fonctionnement de l'Eglise et le dialogue interreligieux".

Aujourd'hui, les Amis de Sœur Emmanuelle sont orphelins mais comme nous le disait Michel Verhulst, "son combat devrait être poursuivi par ceux qui comme elle partagent et comprennent que sur cette terre, nous sommes tous frères et soeurs et que si on aime les enfants, on doit s'intéresser aux enfants du monde..."