Tant la semaine dernière, à Bruxelles, que mardi à Maribor, en Slovénie, une immense majorité (vingt et un sur vingt-sept) des ministres européens de l'Agriculture a rappelé son opposition à la levée de l'embargo sur la viande de volailles américaines, désinfectée chimiquement à base de solution chlorée et bannie de l'UE depuis 1997. Une pratique, ont rappelé les ministres de l'Agriculture, qui contrevient à la philosophie et aux normes européennes, privilégiant les contrôles hygiéniques "de l'étable à la table", tout au long de la chaîne de production, plutôt que la méthode radicale de désinfection de la viande en fin de parcours.

Verheugen vs Vassiliou

Malgré l'opposition farouche des Etats membres, la Commission devrait pourtant proposer, ce mercredi, un projet de réintroduction de la viande de volaille américaine, moyennant des conditions draconiennes. La porte-parole de la commissaire à la Santé a confirmé que le collège devait encore "discuter d'une proposition de règlement sur la procédure de décontamination" (tant décriée), mais l'affaire semble d'ores et déjà entendue

L'exécutif européen était pourtant notoirement divisé sur la question. Tant la commissaire à la Santé Vassiliou, que ses collègues à l'Agriculture Mariann Fischer-Boel et à l'Environnement Stavros Dimas étaient réticents à lever l'embargo. De son côté, le vice-président Gunter Verheugen, en charge de l'Entreprise et de l'Industrie, appuyé par le commissaire au Commerce Peter Mandelson, a fait des pieds et des mains pour convaincre ses collègues d'autoriser l'importation de poulets américains.

Coprésident du Conseil économique transatlantique, l'Allemand tente depuis plusieurs mois de gommer les aspérités commerciales entre l'Union et Washington avant la tenue du sommet UE-Etats-Unis de juin. Les Américains considèrent l'ostracisme européen à l'égard de leur poulet comme une forme de protectionnisme, et M. Verheugen s'était fait fort auprès d'eux d'obtenir que les poulets chlorés soient de nouveau acceptés dans l'Union.

Androula Vassiliou a cependant bataillé avec Gunter Verheugen pour que le projet de proposition bétonne une série de garanties sanitaires.

1) Les quatre substances chimiques les plus employées outre-Atlantique (dioxyde de chlore, chlorure de sodium acidifié, phosphate trisodique et acides peroxydés) pourront être utilisées (une seule à la fois) pour désinfecter la surface du poulet. Bruxelles fixe la dose maximale de produit et la durée de contact de la viande avec lesdits produits.

2) Une fois désinfectés, les poulets devront être rincés à l'eau potable.

3) La viande chimiquement désinfectée ou traitée avec des substances antimicrobiennes devra dûment être étiquetée comme telle.

4) L'autorisation ne serait valable que deux ans et ne s'appliquerait qu'aux poulets entiers. Durant cette période, de nouveaux avis scientifiques seront sollicités.

"Une décision erronée"

Cela dit, on voit mal comment la proposition de la Commission pourrait passer la rampe au Conseil et au Parlement européen, qui aura un droit de regard sur le dossier.

Par la voix de son ministre de l'Agriculture, l'Allemagne a fait savoir mardi qu'elle trouverait la décision de lever l'embargo "totalement erronée". "Les Américains peuvent avoir le modèle alimentaire qu'ils veulent, on n'est pas obligé de le transférer en Europe et donc nous nous opposerons à cette idée", a enchéri le Français Barnier.

La ministre belge de l'Agriculture, Sabine Laruelle, répétait quant à elle la semaine dernière qu'elle estimait que "les poulets chlorés ne correspondent pas à la demande des consommateurs belges ou européens" et qu'il serait difficile de faire passer une telle pilule auprès des éleveurs de volailles européens. "Si nous pensons que notre modèle agricole a un sens" ajoutait la Belge, "nous devons refuser".