second amendement

Comme Nancy Lanza, la mère du tueur de l’école élémentaire de Sandy Hook, Salvatore Manganero a une passion pour les armes à feu. "Je les collectionne comme d’autres collectionnent les trains ou les voitures miniatures. Les hommes adorent ce genre de choses". Résident de longue date de la commune de Newtown où s’est déroulé vendredi dernier le massacre de l’école élémentaire de Sandy Hook, le septuagénaire est aussi le grand-père d’une petite fille de trois ans. "Quand ma femme a appris ce qui s’était passé, elle était paniquée. C’est une femme forte d’habitude, je ne l’avais jamais vue comme ça. Elle s’est identifiée aux familles des victimes".

L’épisode tragique à deux pas de chez lui dans lequel 20 enfants et 8 adultes ont perdu la vie, dont le meurtrier, le fait réfléchir sur son hobby. Placé devant le choix théorique entre ses pistolets et fusils de chasse et la chair de sa chair, que choisirait-il ? "Bien évidemment, cet argument est fort. Et je ne suis pas contre un renforcement des lois. Le jour où vous me dites que si j’abandonne mes armes, il n’y aura plus de tueries de ce genre, alors je le ferai. Mais le problème, c’est que je n’en suis pas du tout certain. Et si quelqu’un veut s’en prendre à mon quartier et à ma maison, je suis bien content de pouvoir me défendre".

A ses yeux, le Second Amendement de la Constitution américaine, datant de 1789, qui garanti le droit du peuple de détenir et de porter des armes, est une liberté qui se paie. La ville de Newtown vient de la payer très cher. La loi dans le Connecticut autorise le port libre d’une arme et la possession de certains fusils semi-automatiques.

Les partisans de mesures plus strictes voire de l’interdiction du port d’armes dans les lieux publics espèrent que la tuerie de Sandy Hook sera la goutte qui fait déborder le vase. "Il faut que les médias fassent leur travail et montrent à quel point notre politique est dévastatrice", déclare Peter Holskin, enseignant dans une école publique du Connecticut. "Nous avons fait de grandes avancées dans le passé sur les droits des femmes, puis sur les droits civiques et nous faisons des progrès pour les droits des homosexuels. Je pense que nous pouvons aussi nous attaquer aux armes", souhaite-t-il.

Force est de constater, avec la répétition des tueries à grande échelle aux Etats-Unis, que le débat fait du surplace. Les larmes à peine retenues du président Obama vendredi dernier seraient-elles une preuve d’impuissance face à une tradition remontant au 18e siècle ? "Il faut que la demande vienne des citoyens, car les élus ne peuvent rien faire d’eux-mêmes", poursuit Peter Holskin. Malgré 30 000 morts par balles aux Etats-Unis chaque année, des lois récentes ont confirmé la validité du Second Amendement. Dans le Michigan, une loi a été votée le 12 décembre, autorisant les détenteurs d’armes à feu de pénétrer dans les écoles. Une exception à la règle selon laquelle les armes sont interdites dans un périmètre de 300 mètres autour des établissements scolaires. Une mesure de sécurité "stupide", selon Larry Pratt, responsable de l’association américaine des propriétaires d’armes (Gun Owners of America), car elle facilite à ses yeux la tâche du meurtrier. Pour ce militant de l’autodéfense, le corps enseignant devrait au contraire être armé, pour répondre en cas d’attaque. "Les partisans du contrôle des armes ont le sang de ces petites victimes sur les mains. Des événements comme ceux de Newtown démontrent que les tragédies se déroulent toujours dans les endroits où les armes sont interdites, comme l’école ou les centres commerciaux". Un argument, selon lui, pour laisser parler "la loi des armes".