Le gouvernement du Nicaragua, petit pays d'Amérique centrale, vient d'accepter la proposition de Wang Jing, un mystérieux milliardaire chinois. Son groupe, HKND, s'est vu attribuer une concession de 50 ans, renouvelable pour 50 de plus, lui permettant de construire et d'exploiter un canal traversant le pays. Le but est de relier les Caraïbes et le Pacifique et, ainsi, de concurrencer le célèbre canal de Panama (voir photo).

A première vue, l'idée est plutôt ingénieuse. Avec un tel canal, la route maritime entre l'est et l'ouest des Etats-Unis serait raccourcie de 800 kilomètres. De plus, il permettrait le passage des plus gros transporteurs maritimes du monde, qui sont trop larges pour traverser le Panama. Lorsque, voici plusieurs siècles, les colons espagnols avaient, pour la première fois, imaginé de creuser à travers l'Amérique centrale, le Nicaragua faisait déjà figure de candidat potentiel. Mais depuis l'ouverture du Panama en 1914, la perspective de voir quelqu'un creuser à travers la jungle nicaraguayenne semblait improbable, du moins jusqu'à aujourd'hui.

Les coûts exorbitants, environ 40 milliards de dollars, ne suffisent pas à décourager l'homme d'affaires de 41 ans. Cet entrepreneur, formé à la médecine traditionnelle chinoise, a déjà engagé des sociétés de consultance britanniques et australiennes pour établir la faisabilité du projet. Car les obstacles sont innombrables. Le pays, gouverné par des ex-révolutionnaires sandinistes depuis les années 80, ne possède pas les infrastructures routières ou ferroviaires suffisantes pour apporter le matériel et les ouvriers, ni pour déblayer les millions de tonnes de gravas que le chantier devrait créer.

Un autre problème de taille vient des conséquences écologiques et sociales d'un tel ouvrage. Il serait nécessaire de creuser à travers une jungle luxuriante, habitée par une population indigène. Pas sûr qu'ils apprécient de voir la terre de leurs ancêtres coupée en deux. Les revenus faramineux que le canal devrait générer pourraient les faire changer d'avis, à condition qu'ils en obtiennent une fraction, fut-elle infime. Mais vu que la construction devrait durer plus d'une décennie, les bénéfices ne vont pas commencer à arriver avant un bout de temps.

Nombreux sont ceux qui questionnent l'utilité de ce projet. Alors qu'il devrait être deux à trois fois plus long que son voisin, le canal du Nicaragua risque bien de faire double emploi avec celui du Panama. Surtout que, d'ici à son inauguration, il est possible que la fonte des glaces ouvre de nouvelles routes maritimes en Arctique, créant une alternative moins chère aux canaux centre-américains.