Au moins deux hommes cagoulés ont pénétré ce mercredi dans le siège de l'hebdomadaire satirique, lourdement armés, avant d'ouvrir le feu à l'intérieur des locaux, situés dans le XIe arrondissement de Paris.

La préfecture de Paris fait état de douze morts (huit journalistes/caricaturistes, un réceptionniste, un invité [Michel Renaud, fondateur du festival Carnet de voyages] et deux policiers) et onze blessés, "dont quatre dans une situation d'urgence" a précisé le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Une enquête en flagrance a été ouverte par la section anti-terrorisme du parquet de Paris pour assassinat, vol à main armée en bande organisée, infraction à la législation sur les armes et association de malfaiteurs en vue d'un acte terroriste, a indiqué mercredi soir le procureur de la République de Paris François Molins lors d'une conférence de presse.

Les dessinateurs Charb, Cabu, Tignous et Wolinski sont décédés. La rédaction était présente en nombre, puisque le mercredi matin est traditionnellement le jour de la réunion de rédaction de l'hebdomadaire. L'économiste et journaliste Bernard Maris est également mort lors de cette attaque.

Interrogée par le journal, L'Humanité, la dessinatrice Coco, membre de Charlie Hebdo, a expliqué : "J'étais allée chercher ma fille à la garderie. En arrivant devant la porte de l'immeuble du journal, deux hommes cagoulés et armés nous ont brutalement menacées. Ils voulaient entrer, monter. J'ai tapé le code. Ils ont tiré sur Wolinski, Cabu etc. Ca a duré cinq minutes. Je m'étais réfugiée sous un bureau... Ils parlaient parfaitement le français... et se revendiquaient d'Al Qaïda".

Selon Emmanuel Quemener, membre du syndicat de police Alliance, les terroristes se seraient d'abord... trompé d'adresse, pénétrant dans une habitation voisine au 6 rue Nicolas Appert. Là, on leur aurait appris que le siège de Charlie Hebdo était situé au 10.

"Une opération commando"

Le secrétaire départemental de l'Unité SGP Police a annoncé à nos confrères de LCI qu'il s'agit d' "un véritable carnage, une boucherie à la kalachnikov et au fusil à pompe". "Ils sont entrés et ont arrosé tout le monde. Ils n'ont pas parlé, ils n'ont fait que tirer et tuer des gens. C'était une opération commando."

"Vers 11h30, deux hommes armés d'une kalachnikov et d'un lance-roquette, ont fait irruption au siège de Charlie Hebdo dans le XIe arrondissement de Paris. Un échange de feu a eu lieu avec les forces de l'ordre" , a encore expliqué cette source. Sur les images de cet échange, les auteurs de l'attentat crient "Allahu Akbar" à plusieurs reprises. Ils "affirmaient vouloir venger le prophète" Mahomet, a confirmé le procureur lors d'une déclaration à la presse.

En quittant les lieux, les deux agresseurs ont tué un policier. Ils ont ensuite braqué un automobiliste porte de Pantin et percuté un piéton. Ils ont abandonné leur voiture dans le 19ème arrondissement. Ils ont alors pris la fuite à pied, avant de braquer un nouvel automobiliste et de partir avec son véhicule.

"Le mode opératoire des tueurs dénote un entraînement poussé"

Selon des sources policières, le mode opératoire des tueurs, leur calme, leur détermination et leur efficacité, est la marque d'hommes ayant subi un entraînement poussé, de type militaire.

Les images, prises sur leurs téléphones portables par des témoins de l'attaque, montrent le professionnalisme des assaillants qui ont mené une attaque soigneusement planifiée, soulignent un ancien membre d'un service de protection rapprochée et un ancien de la police judiciaire.

"On le voit clairement à la façon dont ils tiennent leurs armes, dont ils progressent calmement, froidement. Ils ont forcément reçu une formation type militaire. Ce ne sont pas des illuminés qui ont agi sur un coup de tête", assure l'un des policiers.

Il souligne qu'ils tiennent leurs kalachnikovs serrées près du corps, tirent au coup par coup et non par rafales, ce qui démontre qu'ils ont été entrainés à s'en servir. Selon l'autre policier, "le plus frappant, c'est leur sang-froid. Ils ont été entraînés en Syrie, en Irak ou ailleurs, peut-être même en France, mais ce qui est sûr c'est qu'ils ont été entrainés".

Dans l'un des films, on voit distinctement que deux des trois hommes sont bien équipés. Au moment où ils vont repartir, ils aperçoivent un policier à vélo. Ils descendent de voiture, abattent le policier en tirant au coup par coup. L'un d'eux approche, l'achève d'une balle dans la tête, vérifie qu'il n'y a pas d'autre membre des forces de l'ordre alentours, puis les deux tireurs remontent sans courir dans leur voiture.

( Note de la rédaction : Nous ne diffusons pas toutes les images et vidéos qui circulent en ce moment sur les réseaux sociaux. Elles ne sont pas seulement choquantes et glaçantes, elles contribuent aussi à la volonté des terroristes de mettre en scène leurs crimes.)




Certains journalistes se sont réfugiés sur le toit pour échapper aux agresseurs.

Le plan Vigipirate a été relevé au niveau "alerte attentats", le niveau le plus élevé, dans toute l'Ile-de-France. Les organes de presse, grands magasins, lieux de culte et transports ont été placés sous "protection renforcée", a annoncé Matignon. Les sorties scolaires et activités prévues hors des établissements ce mercredi ont immédiatement été stoppées.

© IPM

Pas la première attaque

Le siège de Charlie Hebdo avait déjà été visé en novembre 2011, après un numéro spécial intitulé "Charia Hebdo" et contenant notamment une caricature de Mahomet, par des cocktails Molotov. L'incendie avait alors contraint la rédaction à trouver refuge durant plusieurs jours dans les locaux de "Libération".