Commandos, organisateurs, soutiens logistiques: le réseau derrière les attentats du 13 novembre a été en grande partie démantelé et huit hommes sont écroués en France, dont un suspect-clé muré dans le silence. Le nom du commanditaire n'a pas été révélé.

Neuf assaillants dont un "cerveau", tous morts

Trois assaillants ont tiré sur des terrasses parisiennes (39 morts). Parmi eux, Abdelhamid Abaaoud, 28 ans, figure des jihadistes francophones en Syrie, impliqué dans plusieurs attentats "déjoués" en France. Présenté comme "un des cerveaux" des tueries, le Belge a été abattu dans un appartement de Saint-Denis où il s'était caché avec sa cousine et le deuxième tueur des terrasses. Le troisième, Brahim Abdeslam, s'est fait exploser, seul, dans un restaurant.

Un Français résidant en Belgique et deux Irakiens, venus de Syrie parmi le flux de réfugiés, sont morts en kamikaze près du Stade de France (un mort).

Enfin, trois Français rentrés de Syrie ont tué 90 personnes dans la salle de spectacles du Bataclan et sont morts sous les balles des policiers ou en activant leur ceinture piégée lors de l'assaut.

Huit suspects incarcérés en France

Impliqués à des degrés divers, ils pourraient se retrouver sur le banc des accusés d'un futur procès.

Salah Abdeslam, Français de Belgique âgé de 27 ans, a été arrêté à Bruxelles en mars et transféré en France fin avril. Il a fait depuis valoir son droit au silence et ses avocats ont renoncé à le défendre. Ce proche d'Abaaoud, qui a aidé plusieurs protagonistes du 13 novembre à gagner l'Europe, a participé, avec son frère Brahim, à la préparation des attaques. Il a convoyé les kamikazes au Stade de France et affirmé avoir renoncé au dernier moment à s'y faire exploser. Mais les enquêteurs se demandent s'il n'était pas chargé d'un attentat dans le XVIIIe arrondissement parisien, évoqué dans la revendication du groupe jihadiste État islamique (EI) et qui n'a pas eu lieu.

Deux hommes qui ont exfiltré Abdeslam de France vers la Belgique, Mohamed Amri et Hamza Attou, et un troisième qui l'a aidé dans sa cavale, Ali Oulkadi, sont également mis en examen.

L'Algérien Adel Haddadi et le Pakistanais Mohamad Usman, soupçonnés d'avoir été missionnés pour participer aux attentats, ont été remis par l'Autriche fin juillet. Ils avaient débarqué en Grèce début octobre 2015, avec les deux kamikazes irakiens du Stade de France, mais avaient été repérés et placés en détention. Libérés, ils s'étaient rendus en Autriche où ils avaient été interpellés.

Enfin, Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah, qui ont fourni la planque de Saint-Denis à Abaaoud, sont incarcérés.

Des complices tués ou écroués dans d'autres pays

"Tous les préparatifs pour les raids" ont "commencé" avec Ibrahim et Khalid El Bakraoui, a affirmé l'EI. Les deux frères sont morts en kamikazes lors des attentats qui ont fait 32 morts le 22 mars à Bruxelles, tout comme un autre suspect-clé, Najim Laachraoui, considéré comme un artificier du réseau et soupçonné d'avoir coordonné les attaques parisiennes depuis la capitale belge avec un quatrième homme, Mohamed Belkaïd, tué par la police.

Plusieurs suspects sont incarcérés en Belgique: un cousin de Salah Abdeslam qui lui a fourni sa dernière planque à Bruxelles et deux hommes dont les empreintes ont été retrouvées dans des caches du réseau. Deux autres ont été réclamés par la justice française: Mohamed Bakkali, logisticien présumé, et Mohamed Abrini. Repéré avant les tueries avec les Abdeslam, ce dernier ne sera pas transféré en France "dans l'immédiat", vu son rôle dans les attentats de Bruxelles: Abrini avait déposé un bagage piégé à l'aéroport avant de prendre la fuite.

Trois autres suspects sont incarcérés en Italie, au Maroc et en Algérie, et Ahmed Dahmani, soupçonné d'avoir aidé à repérer des cibles à Paris, est écroué en Turquie.

Un mystérieux commanditaire

La voix des frères Fabien et Jean-Michel Clain, piliers de la mouvance jihadiste toulousaine, a été identifiée dans le message de revendication de l'EI, mais ils ne sont pas les donneurs d'ordre, d'après une source proche du dossier.

Quant à Abaaoud c'était "un coordinateur", "pas le commanditaire", a relevé en mai le patron de la DGSE, Bernard Bajolet, devant des parlementaires. Il a affirmé aussi connaître l'identité de ce dernier sans toutefois la révéler.

Un homme, dont le nom de guerre "Abou Ahmad" apparaît plusieurs fois, pourrait avoir joué les premiers rôles. Il est soupçonné d'avoir missionné depuis la Syrie deux assaillants du Stade de France et le commando arrêté en Autriche. Les enquêteurs ont aussi retrouvé dans un ordinateur, abandonné à Bruxelles, "des conversations entre un certain Abou Ahmed et des membres de la cellule" portant notamment sur des modes d'action envisagés, d'après la source.

Réouverture du Bataclan le 12 novembre avec Sting

Un an après l'irruption de jihadistes armés qui l'avait transformé en scène de tueries, la salle de concert parisienne du Bataclan va rouvrir le samedi 12 novembre avec le chanteur britannique Sting qui vient "honorer les victimes" et "célébrer la vie".

L'ancien meneur du groupe Police sera le premier artiste à se produire dans ce lieu où 90 spectateurs avaient été tués lors de la nuit sanglante du 13 au 14 novembre 2015. Tout a été refait à neuf et décoré à l'identique après huit mois de travaux en partie menés grâce à des bénévoles.

Sting jouera des morceaux de son dernier album "57th and 9th" et la recette de cette soirée sera reversée aux associations de victimes "Life For Paris" et "13 Novembre : Fraternité et Vérité", selon son site internet.

Nous devons "commémorer et honorer ceux qui ont perdu la vie dans l'attaque de l'année dernière, célébrer la musique et la vie que représente cette salle de spectacles mythique", écrit le musicien sur ce site.

"Il y a un vrai désir" de sa part, selon Jules Frutos, codirigeant du Bataclan. Côté sécurité, "on fera tout le nécessaire pour ce concert mais aussi pour les autres à venir, comme le font toutes les salles", a-t-il déclaré à la radio RTL, en évoquant notamment l'installation de systèmes de surveillance vidéo.

Le vendredi 13 novembre 2015, trois jihadistes avaient surgi pendant un concert du groupe de rock américain Eagles of Death Metal, pris les spectateurs en otages et fait un carnage. Au même moment, d'autres commandos armés semaient la mort sur des terrasses de cafés-restaurants dans des quartiers proches du Bataclan ou se faisaient exploser à l'entrée du Stade de France, en banlieue parisienne, où se déroulait un match de football France-Allemagne.

Au total, 130 personnes ont été tuées et plusieurs centaines blessées dans les pires attentats jamais commis en France.

Les attaques, revendiquées par le groupe Etat islamique (EI), ont traumatissé le pays et entraîné un virage sécuritaire en France, depuis en état d'urgence.

Un an plus tard, alors que la campagne électorale bat son plein dans la perspective de la présidentielle de 2017, le programme officiel des commémorations n'est pas encore connu.

L'association "Life For Paris" compte commémorer le drame "avec sobriété". Un rassemblement public est prévu à la mairie du 11e arrondissement de Paris, qui avait accueilli des blessés le soir de l'attaque.

Selon la mairie de Paris, une plaque sera également apposée le dimanche 13 novembre devant la salle de concerts qui restera fermée ce jour-là. "Ce sera un moment de recueillement, nous ne ferons rien. Chacun se recueillera comme il le souhaite", a confié Jérôme Langlet, président de la salle, lors d'une conférence de presse à Paris.

'Monstre sanguinaire' 

Le Bataclan devait initialement rouvrir le 16 novembre avec un concert, déjà complet, de l'enfant terrible du rock britannique Pete Doherty.

Le 25 novembre, sa compatriote Marianne Faithfull, qui vit à Paris, y interprétera pour la première fois "They Come at Night" ("Ils viennent la nuit"), une chanson qu'elle a écrite juste après l'attentat. "La musique peut panser les plaies, c'est pour cela que chanter au Bataclan est une bonne chose", a récemment déclaré à l'AFP cette figure mythique du "Swinging London".

Suivront le Sénégalais Youssou Ndour, les Touaregs Tinariwen, la Franco-israélienne Yael Naim et les Français FFF.

D'autres artistes ont en revanche décliné l'invitation, comme le chanteur français Francis Cabrel. "C'était trop d'émotion pour moi. Je m'en excuse mais c'est au-delà de mes forces", a-t-il expliqué dans une récente interview.

La salle du Bataclan, emblématique d'une jeunesse festive, a été longtemps après l'attentat un lieu de recueillement pour des foules d'anonymes. Au lendemain de l'attaque, de nombreux dirigeants comme l'Américain Barack Obama ou l'ex-Premier ministre britannique David Cameron, étaient venus sur place rendre hommage aux victimes.

Ces derniers mois, des blessés ou spectateurs traumatisés lors de l'attentat ont eu la possibilité de revenir sur les lieux.

"J'avais quitté un Bataclan monstre sanguinaire avec des dents qui essayaient de me bouffer", a raconté lors d'une de ces visites, en octobre, Caroline Langlade, vice-présidente de l'association "Life for Paris". "Et c'était juste une salle avec des murs où il s'est passé quelque chose de tragique. C'est pas le bâtiment qui est tragique".