Nicolas Sarkozy peut-il encore battre Alain Juppé ? Au lendemain du second débat de la primaire de la droite et du centre, les avis divergeaient quant à la réponse à apporter à cette question. Beaucoup l’ont vu sur la défensive, attaqué de toutes parts par ces anciens ministres – en particulier Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire. Et bien en peine, de ce fait, de porter l’estocade contre son ennemi intime, Alain Juppé. Pour d’autres, au contraire, la tactique adoptée par l’ancien chef de l’Etat a plutôt bien fonctionné. "Pour lui, il s’agit de consolider son socle, très à droite, quitte ensuite, entre les deux tours de la primaire, d’essayer d’envoyer un message aux centristes et aux modérés", analyse Olivier Rouquan, politologue et chercheur associé au Centre d’études et de recherches de sciences administratives et politiques. "C’est un classique chez les gaullistes."

"Si seuls les sympathisants des Républicains votent, il a une chance"

Il est vrai que cette tactique, s’il elle n’a pour l’heure pas été suffisante pour rattraper son retard sur Alain Juppé, lui a du moins permis de consolider son socle électoral. Et d’éviter ainsi que la question d’un éventuel troisième homme, qui surgirait in fine pour lui chiper la seconde place, ne devienne trop envahissante. Ainsi, selon un sondage Elabe réalisé à l’issue du second débat, c’est Sarkozy qui s’est montré le plus convaincant auprès des électeurs de la droite et du centre (31 % ont été convaincus), devant Alain Juppé (28 %), et François Fillon (21 %). En revanche, sur l’ensemble de la population, c’est Juppé qui arrive en tête (34 %), devant Sarkozy (24 %) et Fillon (15 %). "C’est la force et la faiblesse de Sarkozy", ajoute Olivier Rouquan : "Si ce sont seulement les sympathisants Les Républicains qui vont voter, il a encore une chance. Sinon, il sera battu."

Après avoir joué la transgression, via ses sorties sur le burkini, et sur les Gaulois, Sarkozy a continué à jouer la même partition, mais mezza voce. Ces dernières semaines, sa cible principale a été François Bayrou, accusé d’être un faux-ami de la droite, lui qui a appelé en 2012 à voter pour François Hollande contre Sarkozy. En creux, c’est bien sûr Juppé lui-même qui est visé, accusé de promouvoir une "alternance molle", du fait de son alliance avec le Modem de Bayrou. Une manière, aussi, de remettre subrepticement en cause la légitimité du résultat, s’il devait perdre.

Résultat de ces calculs : plus de vingt minutes du débat de jeudi soir ont été consacrées à débattre du leader centriste, à l’ébahissement de certains compétiteurs. A l’image de François Fillon qui n’a pu s’empêcher de s’exclamer, ahuri : "Il y a six millions de chômeurs, 100 % de dettes, le totalitarisme islamique qui frappe à nos portes, et le sujet majeur, c’est le sort du maire de Pau ?"

Tous contre lui

Malgré tout, la stratégie de Sarkozy connaît aussi de nombreuses limites. D’abord, en se droitisant, il a aussi focalisé contre lui tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette ligne. Au second tour, la plupart de ses concurrents devraient appeler à voter Alain Juppé, à la fois par rejet de l’ancien président, et…pour voler au secours de la victoire, Juppé demeurant selon toutes les enquêtes d’opinion, le mieux placé pour l’emporter.

Les électeurs du centre, et même de gauche, pourraient également se déplacer en masse, ne serait-ce que pour éviter que Sarkozy ne sorte vainqueur de la primaire. Et ce d’autant plus que le gagnant aura toutes les chances d’être aussi le prochain locataire de l’Elysée.