L'étau s'est resserré mardi en France autour de l'humoriste controversé Dieudonné accusé d'attiser la haine antisémite, son spectacle ayant été interdit à Nantes (ouest), la ville où devait commencer jeudi sa tournée à travers le pays.

"L'arrêté d'interdiction" du spectacle programmé au Zénith de Nantes le 9 janvier a été "signé", a annoncé le représentant de l'Etat (préfet) de la région Loire-Atlantique, Christian de Lavernée.

Peu avant, le président François Hollande avait lui-même appelé les préfets à se montrer "inflexibles" à l'encontre de ce spectacle.

"Face à l'antisémitisme, face aux troubles à l'ordre public que suscitent des provocations indignes, face aux humiliations que représentent les discriminations, je demande aux représentants de l'Etat et en particulier aux préfets d'être vigilants et inflexibles", avait déclaré le chef de l'Etat.

Cette interdiction intervient après l'envoi aux préfets d'une circulaire du ministre de l'Intérieur Manuel Valls précisant dans quel contexte il était possible d'interdire ce spectacle.

Il faut notamment que le spectacle incriminé ne relève pas d'un "dérapage ponctuel qu'expliquerait la libre création artistique" ou qu'il soit susceptible "d'affecter le respect dû à la dignité de la personne humaine".

Deux villes avaient déjà décidé d'intervenir.

Le maire socialiste de Tours (ouest) Jean Germain a annoncé dans la matinée qu'il avait l'intention d'interdire le spectacle +Le Mur+ de Dieudonné M'Bala M'Bala".

La veille, son homologue de Bordeaux (sud-ouest), Alain Juppé (UMP, opposition de droite) avait pris la même décision.

A Strasbourg, le maire Roland Ries (socialiste) s'est également prononcé pour l'interdiction, tout en précisant que le Zénith de la ville était situé sur le territoire d'une commune voisine.

Mais l'humoriste a réagi mardi en annonçant, par ses avocats, qu'il comptait saisir la Cour de justice de la République (CJR habilitée à juger les ministres dans l'exercice de leur fonction) "à la suite des accusations attentatoires à l'honneur et à la considération, tenues par" M. Valls à son encontre. Dieudonné avait déjà fait savoir qu'il s'opposerait en justice aux mesures prises à son encontre.

Les chasseurs de nazis Serge et Beate Klarsfeld et leur fils l'avocat Arno Klarsfeld, au nom des Fils et filles des déportés juifs de France, ont appelé à manifester mercredi à Nantes.

L'humoriste s'attire par de violentes saillies antisémites et racistes, plusieurs fois sanctionnées par la justice, un public friand de transgressions: 5.000 billets ont été vendus pour le seul spectacle de Nantes.

Même à Paris, ça bouge...

Dans le passé, des municipalités qui avaient cherché à interdire les spectacles du comédien avaient été déboutées au nom de la liberté d'expression.

"Rien ne dit que les directives ministérielles réussiront là où les initiatives des maires ont échoué", a estimé mardi le quotidien La Charente Libre.

La polémique fait rage sur les réseaux sociaux à propos de la "quenelle", signe de ralliement des fans de Dieudonné, qu'ils présentent comme "un bras d'honneur antisystème", mais que d'autres interprètent comme un salut nazi inversé.

L'organisation SOS Racisme a annoncé qu'elle poursuivra les "quenelles" quand elles seront faites dans des lieux où elles "ne laissent pas de doute" sur leur caractère antisémite.

Les propriétaires du théâtre de la Main d'Or, à Paris, où Dieudonné se produit depuis 1999, étudient les moyens de lui faire quitter les lieux, "de manière légale", a indiqué l'un d'entre eux à l'AFP mardi.

Cette polémique intervient sur fond de montée du parti d'extrême droite Front National (FN), dont 34% des Français souhaitent qu'il se renforce aux municipales de mars 2014, selon un récent sondage Ipsos. Les interdictions de spectacles sont exceptionnelles en France et motivées par les incitations à la haine raciale et les atteintes à la dignité humaine.

"On annonce une volonté d'interdire des spectacles sans être certain qu'il y ait une base juridique", a critiqué l'ancien ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux (UMP, opposition). Un député issu du même parti, Bruno Le Maire, a apporté en revanche son soutien à "toute décision politique qui visera à condamner" l'humoriste. Pour que "le racisme devienne aussi courant", "en matière d'éducation, nous avons failli", a-t-il déploré.