A deux semaines du premier tour, la campagne officielle pour la présidentielle s'ouvre lundi en France sans que rien ne soit joué, près d'un Français sur deux se disant indécis: le favori de droite Nicolas Sarkozy semble bien parti pour disputer le 2e tour, mais contre qui ?

Selon un sondage publié dimanche, 42% des électeurs n'ont pas arrêté définitivement leur choix au premier tour, soit 18 millions de personnes, quand le corps électoral en compte 44,5 millions. 58% se disent à contrario "tout à fait sûrs" de leur vote le 22 avril.

Les femmes semblent plus indécises que les hommes, et les jeunes plus que leurs aînés. Plus de la moitié des électeurs de moins de 30 ans hésitent encore (56%), contre 33% des plus de 50 ans.

Parallèlement, la socialiste Ségolène Royal traverse une nouvelle phase difficile. Elle peine à imposer ses propositions économiques et notamment à expliquer sa dernière idée contre le chômage, un Contrat Première Chance (CPC) pour les jeunes non qualifiés, dont le nom rappelle le contrat-première embauche (CPE) du gouvernement de Dominique de Villepin, objet de protestations monstres de la jeunesse il y a un an.

"Royal à la peine, Sarkozy creuse l'écart", titre le Journal du Dimanche (JDD). En baisse dans les derniers sondages, Mme Royal réunit 22 à 24% des intentions de vote, contre 26 à 31% pour M. Sarkozy, et est talonnée par le centriste François Bayrou qui, lui, remonte et pourrait recueillir jusqu'à 21% des voix.

Comme pour recadrer la course, Mme Royal et M. Sarkozy ont durci le ton l'un envers l'autre et "redroitisé" -comme l'écrit le JDD- ou "regauchisé" leur discours. Les récents affrontements entre des groupes de jeunes et la police à la gare du Nord, une des principales de Paris, leur ont en fourni l'occasion. Et c'est Nicolas Sarkozy qui semble le plus en tirer profit dans les sondages.

S'il apparaît nettement derrière ces trois concurrents, le candidat de l'extrême droite Jean-Marie Le Pen, parvenu à la surprise générale au deuxième tour de la présidentielle en 2002, n'est toutefois pas hors course, estiment les analystes.

A 78 ans, le chef du Front national (FN) est crédité de 12 à 16% des intentions de vote, mais juge ces pronostics en-deçà de la réalité et croit ferme en une réédition du scénario de 2002. Deux de ces quatre candidats, Sarkozy, Royal, Bayrou, Le Pen, devraient se qualifier pour le 2e tour le 6 mai.

Les huit autres candidats sont crédités au mieux de 4% des voix au premier tour. Ce sont la communiste Marie-George Buffet, trois trotskistes (Arlette Laguiller, Olivier Besancenot, Gérard Schivardi), l'écologiste Dominique Voynet, l'altermondialiste José Bové, le candidat des chasseurs Frédéric Nihous et le souverainiste Philippe de Villiers. Campagne officielle oblige, les douze prétendants auront à partir de lundi le même temps de parole et d'antenne. Des règles strictes s'appliquent dès lors pour les affichages, les émissions à la radio et à la télévision (horaires comparables pour tous les candidats).

Après un week-end pascal de trêve, la dernière phase de la campagne se traduira aussi par une multiplication des meetings.

Pour succéder à Jacques Chirac, 74 ans, président depuis 1995, les sondages donnent Nicolas Sarkozy gagnant contre Ségolène Royal au second tour, mais perdant face à François Bayrou. Le suspense reste donc entier.

Le président sortant, loin de l'effervescence de la campagne, s'est offert dimanche un bain de foule pour Pâques : en week-end au Fort de Brégançon sur la Côte d'Azur (sud-est) avec son épouse Bernadette, il s'est fait acclamer à l'occasion de sa venue à la messe à Bormes-les-Mimosas, où une foule compacte s'était massée, sous un soleil insolent.