Une enquête britannique a conclu mercredi à l’existence «indiscutable » du «syndrome de la guerre du Golfe », un ensemble de maladies frappant certains vétérans de l’opération «Tempête du désert » en Irak en 1991 qui fait polémique aussi bien à Londres qu’à Washington ou Paris.

«Ils sont malades à cause de la guerre du Golfe, c’est indiscutable », a affirmé Lord Anthony Lloyd of Berwick, un ancien juge à la retraite chargé en juin de se pencher sur l’existance de ce «syndrome » au nom de la Royal British Legion, une organisation semi-officielle représentant des anciens combattants.

Selon cette enquête indépendante, dont les conclusions ont été remises mercredi, «toutes les études épidémiologiques se rejoignent sur le fait que les vétérans du Golfe sont deux fois plus susceptibles de souffrir de problèmes de santé que s’ils avaient été déployés en Bosnie ou s’ils étaient restés sur le sol britannique ».

Le gouvernement de Tony Blair s’est toujours opposé à toute enquête officielle sur ce dossier. Se penchant sur la qualification à donner aux multiples symptômes --problèmes neurologiques, maux de tête, dépression, pertes de mémoire ou du sommeil, douleurs musculaires, fatigues chroniques, eczéma ou encore problèmes respiratoires-- dont souffrent quelque 6.000 des soldats britanniques déployés en Irak et au Koweït en 1991, l’enquête menée par Lord Lloyd of Berwick a en tout cas donné un début d’existence officielle au label de «syndrome de la guerre du Golfe ».

«Il n’y a aucune raison médicale empêchant ces symptômes d’être décrits comme un syndrome », a plaidé ce rapport, rejetant le qualificatif de «symptômes et signes de problèmes de santé mal définis » retenu jusque là par le ministère britannique de la Défense (MoD).

Soulignant que 600 vétérans de la première guerre du Golfe sont déjà morts et que 2.585 d’entre eux, la plupart malades en phase terminale, perçoivent une pension d’invalidité, ce rapport d’enquête n’a pas émis en revanche de conclusions sur l’origine de ces maladies inexpliquées.

Selon ce document, le syndrome de la guerre du Golfe serait en fait dû à une «combinaison de facteurs »: les injections multiples de vaccins contre l’anthrax et la peste, l’usage de pesticides sur les tentes où étaient hébergés les soldats, la faible exposition de certains combattants aux gaz innervants et l’inhalation de poussières d’uranium appauvri.

Ce rapport d’enquête a cependant totalement rejeté la thèse de maladies purement psychosomatiques, rejoignant ainsi un rapport officiel américain du 12 novembre selon qui l’exposition à des agents toxiques et non le stress est probablement à l’origine des maux dont souffrent quelque 100.000 des 700.000 soldats américains déployés dans le Golfe en 1991.

Du côté des vétérans britanniques du Golfe, beaucoup doutaient cependant encore mercredi de l’impact réel de ce nouveau document sur le discours officiel de Downing Street et du MoD.

«Une partie de moi espère que le MoD acceptera ces conclusions, a ainsi réagi Charles Plumridge, 64 ans. Mais l’autre partie a le sentiment qu’ils continueront à pratiquer la politique de l’autruche et qu’ils feront tout ce qui est possible pour décrédibiliser ce rapport en le qualifiant de foutaises ».

Si le rapport de Lord Lloyd of Berwick fait monter la pression sur le MoD, il pourrait aussi avoir des retombées en France, où ce syndrome en tant que tel n’a jamais été reconnu par les autorités.

L’Inserm, un institut public de recherche médicale, a ainsi conclu en juillet que rien ne «démontrait l’existence d’un syndrome spécifique du Golfe » sur les 20.261 militaires français ayant participé à la guerre du Golfe d’août 1990 à juillet 1991.