"On était en paix, on travaillait, on ne pensait pas que cela allait arriver Hartyin Moses, un cordonnier de 43 ans, n’en revient toujours pas que la guerre ait pu toucher son pays, la Syrie.

Les officiels de Damas parlent de la "crise" syrienne, mais pour cet Arménien, c’est bien de guerre, de bombardements et d’attentats qu’il s’agit. Son quartier de Jaramana, à 10 km au sud-est de la capitale syrienne, fort fréquenté par les chrétiens assyriens et les druzes, a subi des attentats suicide en 2012 qui ont fait plus de cent morts. Le quartier est aussi régulièrement touché par des tirs de mortier.

Ce soir à Damas, il nous parle d’une traite, comme s’il devait vider son sac. Il n’a pas dormi la veille dans sa maison de Jaramana en raison des tirs. Sa femme et ses deux garçons de 6 et de 7 ans sont à l’abri dans un autre quartier. Il s’exprime dans la cour d’un vieil hôtel de Damas, dans le quartier de Bab Touma, une ancienne demeure damascène désertée par les touristes.

"On ne sait pas ce qui va se produire, ni aujourd’hui, ni demain. Quand vous êtes stressé, vous ne pouvez pas prendre de décision , poursuit-il. Ma priorité, c’est de sauver ma famille et mes enfants. Je veux vivre en paix avec ma famille ."

Il continue : "Quand j’envoie mes enfants à l’école, quand ils prennent un bus et que mon fils me dit : j’ai vu un corps sans bras dans la rue , que puis-je lui dire ? Comment vais-je éduquer mes enfants ? Quelle histoire mon fils va-t-il apprendre ? Devra-t-il suivre des cours de Daech ? Je veux jouer avec mes enfants. Je suis un papa qui veut penser à l’avenir de ses enfants."

Trouver la sécurité, mais où ? Comme beaucoup de Syriens qui n’ont pas les moyens financiers de fuir, et c’est la majorité, un voyage vers l’étranger semble une tâche insurmontable.

"Je n’ai jamais pensé quitter la Syrie. C’est mon pays" , conclut-il. "La seule chose que je cherche, c’est de trouver la paix. Ailleurs ? Je ne sais comment faire. Je ne connais rien à la politique. En Belgique, vous avez la sécurité. Même si je n’avais qu’un pour cent de chances d’y arriver, peut-être faudrait-il que j’essaie."