Le Parlement européen a approuvé mercredi une proposition de la Commission européenne sur les temps de travail des pilotes d'avion, réduisant à 11 heures contre 11 heures et 45 minutes, la durée maximale de vol.

Ce vote constitue une victoire pour le commissaire aux transports Siim Kallas qui défendait ce dossier sensible opposant depuis des années les représentants des pilotes -défavorables à cette proposition-, à ceux des compagnies aériennes qui y étaient favorables.

Le texte de M. Kallas avait été retoqué fin septembre par la commission transports du Parlement européen mais le Parlement, réuni en séance plénière, a désavoué sa commission par 387 voix contre 218 et 66 abstentions, donnant ainsi raison à M. Kallas.

Les pilotes estiment qu'ils n'ont pas obtenu satisfaction sur les deux points qui leur tenaient le plus à coeur: le temps de vol de nuit et les périodes de stand by, attentes pendant lesquelles l'équipage peut être appelé pour prendre son service.

Le nouveau règlement fixe à 11 heures maximum le temps de vol, incluant une période nocturne, contre 11 heures et 45 minutes aujourd'hui. Les syndicats réclamaient 10 heures maximum.

Concernant les périodes de stand by, les pilotes estiment que le temps de vol additionné à la période de stand by ne devrait pas, pour des raisons de sécurité, dépasser les 18 heures. Or, déplorent-ils, la nouvelle règlementation pourrait les obliger à rester éveillés pendant 22 heures.

"Monteriez-vous à bord d'un avion si vous saviez que le pilote devra rester éveillé pendant 22 heures avant d'atterrir. A l'avenir, vous n'auriez pas le choix", avait expliqué, avant le vote, Nico Voorbach, président de l'Association européenne de représentants des pilotes (ECA).

M. Kallas a rejeté ces critiques estimant que le texte apportera "une meilleure protection des passagers et des conditions de travail plus sûres pour l'équipage". "C'est une victoire pour le bon sens", a-t-il dit dans un communiqué.


L'association des pilotes déçue par les nouvelles règles

La Belgian Cockpit Association (BeCa), association professionnelle des pilotes de Belgique, a tenu a faire connaître mercredi sa déception concernant le vote au parlement européen des nouvelles règles en matière de temps de vol des pilotes. "Nous sommes en désaccord avec la manière non démocratique dont le vote s'est déroulé ainsi qu'avec le contenu des règles", précise le pilote Filip Van Rossem. La BeCa continuera à batailler, mais reconnaît que tout se jouera désormais au niveau de l'entreprise.

Des règles plus strictes pourraient encore être adoptées, via notamment des conventions collectives de travail. Ce dernier élément inquiète particulièrement la BeCa. "Le texte laisse la porte ouverte à des bagarres entre les entreprises. C'est une occasion manquée d'harmoniser les heures de vol au plus haut niveau", ajoute Filip Van Rossem.

Il déplore également que les nouvelles règles ne tiennent pas compte des recommandations scientifiques en matière de temps de vol et de repos.

La BeCa n'abandonne pas la lutte même s'il admet que la suite se jouera davantage au niveau de l'entreprise. Les règles entreront en vigueur au plus tôt pour la nouvelle saison mais les conventions collectives de travail doivent être conclues au préalable. "Les compagnies aériennes composées d'une importante structure de représentation du personnel feront probablement blocage, mais celles disposant d'une structure plus affaiblie risquent de renoncer", craint le pilote.