Cela faisait longtemps qu’un membre du gouvernement n’avait plus été aussi ferme, à l’Assemblée nationale. Mercredi, le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, l’a martelé: il est “hors de question” que le groupe PSA Peugeot Citroën (dont l’Etat est actionnaire) laisse partir son PDG, Philippe Varin, avec une “retraite chapeau” de 21 millions d’euros. “Hors de question”, car ce montant est “à l’évidence inapproprié”. Le matin même, confirmant des informations syndicales de la veille, le constructeur automobile avait admis avoir provisionné 20,968 millions, correspondant à une rente annuelle de 310000 euros destinée à son bientôt ex-PDG.

Une somme aussi faramineuse a suscité l’indignation générale. Le gouvernement a sommé PSA de revenir sur cette “décision inadmissible et incompréhensible”. Et l’a mis en demeure de “faire la clarté, toute la clarté,” sur les conditions dans lesquelles il entend se séparer de l’intéressé, début 2014. L’exécutif a aussi mis en garde les organisations patronales. Il attend avec “vigilance et fermeté” l’avis que rendra, sur ce dossier, leur instance de déontologie chargée des questions des hautes rémunérations. Un organe qui, vu le tollé suscité, s’est autosaisi du dossier.


Des idées fausses”

Je comprends la polémique, mais elle repose sur des idées fausses!”, a tenté de contre-attaquer Philippe Varin. Le futur ex-patron de PSA a insisté sur le fait qu’il ne toucherait aucune indemnité de départ, et a rappelé qu’il avait renoncé de son plein gré à des bonus et stock-options. Il a aussi minimisé ce montant de 21 millions, le jugeant conforme à la pratique de “la plupart des grandes entreprises”.

Son argumentation, toutefois, est restée largement inaudible. Face, d’abord, aux critiques sur son propre bilan, à la tête de PSA. Qui, sous son règne, accumula des pertes allant jusqu’à 100 millions d’euros par mois, ce qui le conduisit à supprimer 8 000 emplois et à fermer son usine parisienne d’Aulnay-sous-Bois. Contre-attaque inaudible face, ensuite, aux sacrifices que PSA a imposés à son propre personnel (gel des salaires, suppression des primes pour le travail du samedi, etc.). En fin de journée, le tollé ne s’apaisant pas, Philippe Varin n'a eu d'autre choix que d'annoncer, le visage fermé, qu'il renonçait à sa “retraite-chapeau”.

Ce faisant, il a enlevé une fameuse épine hors du pied de l’exécutif. Qui était assez démuni, en l’état actuel du droit. Certes, il avait d’autorité plafonné (à 450 000 euros annuels) la rémunération maximale des dirigeants d’entreprises publiques. Mais il n’avait rien fait de tel s'agissant des patrons du secteur privé. Au lieu de “limiter (par la loi) les excès” de rémunération – dixit Pierre Moscivici, mercredi –, il s’était concentré sur sa “contribution exceptionnelle de crise” imposée pendant deux ans aux sociétés salariant des cadres à plus d’un million d’euros l’an. C’est la fameuse “taxe à 75%”, qui met en fureur le monde du football. Pour le reste, le gouvernement s’en était remis à l’autorégulation des organisations patronales.


Henri Proglio, avant lui

Or, la “retraite-chapeau” qui était promise à Philippe Varin respectait, outre une vieille loi de 2010 en la matière, les règles de bonne code de conduite (peu contraignantes) qu’avait, avant cette affaire, édictées le patronat. Aussi, mercredi, nombre de ténors politiques avaient appelé à “reprendre à la base la législation” sur les rémunérations et avantages dans le secteur privé. Convaincus que, comme s’en est indigné le chef de file des députés socialistes, “nos patrons, dans ce pays, sont incapables de s’autoréguler”.

L’“affaire Varin” survient alors qu’une étude internationale vient de chiffrer à 3,5 millions d’euros la rémunération annuelle moyenne des grands patrons des sociétés françaises cotées au CAC40, en 2013. Un chiffre en hausse par rapport à 2012 (3 millions). Ces dernières années, déjà, avaient fait scandale les gratifications octroyées à plusieurs PDG: Pierre Richard (Dexia), Daniel Lombard (France Telecom), Daniel Bernard (Carrefour), ou Jean-Paul Herteman (Safran). Des tumultes tels que certains, tel Henri Proglio (Veolia), avaient jugé préférable de renoncer à ces avantages.