Le Vatican s’est voulu rassurant vendredi sur l’état de santé de Jean Paul II qui, selon un bulletin de santé publié à la mi-journée, se rétablit de sa trachéotomie, mais ne pourra pas parler pendant plusieurs jours.

Au lendemain de la seconde hospitalisation d’urgence du pape en un mois, le porte-parole du Vatican Joaquin Navarro-Valls a multiplié les confidences sur ses faits et gestes, pour tenter de dissiper les inquiétudes nourries par les spécialistes.

Le pape a «passé une bonne nuit de sommeil tranquille» et il a mangé ce matin avec «bon appétit» un petit-déjeuner composé de café au lait, d’un yoghourt et de dix petits biscuits, a ainsi précisé M. Navarro-Valls.

«Il respire sans assistance artificielle», «n’a pas de fièvre » et «n’a pas d’infection broncho-pulmonaire», a-t-il ajouté.

La trachéotomie pratiquée jeudi soir «n’a pas été une intervention d’urgence», a-t-il soutenu. Le pape a subi «une légère anesthésie» et «lorsqu’il a été ramené dans sa chambre, il a écrit quelques mots sur un petit calepin», a-t-il ajouté.

La seule séquelle pour le pape sera l’impossibilité de parler pendant plusieurs jours, a insisté son porte-parole.

«La trachéotomie empêche de parler car elle fait passer l’air en dessous des cordes vocales. Il existe des 'canules parlantes', plus fines (à valve ou clapet), mais que l’on ne préfère pas utiliser en présence de sécrétions, notamment de secrétions épaisses. Avec ces canules à clapet, on peut faire des phrases simples et courtes (j’ai faim...), mais certainement pas lire à haute voix du Marcel Proust», a expliqué vendredi le Pr français André Lienhart, spécialiste d’anesthésie-réanimation à Paris.

Destinée à faciliter la respiration, la trachéotomie est normalement une intervention de routine, sauf si le patient est âgé et affaibli comme le pape, âgé de 84 ans, qui souffre de la maladie de Parkinson depuis 13 ans.

«La maladie de Parkinson non seulement expose, mais prédispose aux infections des voies respiratoires supérieures: la grippe est la principale cause des décès de ces malades», a rappelé vendredi le Pr. Bruno Bergamasco, directeur du département de neurologie de l’Université de Turin.

Selon lui, la nouvelle hospitalisation du souverain pontife «est la démonstration que son système immunitaire n’est plus en mesure de combattre les infections».

«Le risque principal dans ces cas là est l’oedème pulmonaire qui est une sorte de noyade des poumons», a-t-il averti.

La première hospitalisation du pape au début du mois avait lancé le débat sur la capacité pour un pape devenu muet de diriger l’Eglise.

Les experts en droit canon de la Curie romaine ont tranché. «Même à partir d’un lit d’hôpital, il est possible pour celui qui gouverne l’Eglise d’exprimer sa volonté et de donner des ordres et des dispositions (...) par écrit ou par des gestes», n’a de cesse de répéter le cardinal italien Mario Francesco Pompedda, 75 ans, ancien «ministre de la Justice» du Vatican.

Un carnet de notes et un stylo à bille ont donc été placés sur le lit du pape, à proximité de sa main droite, pour lui permettre de donner ses directives ou de faire part de ses réflexions.

Les cardinaux ont évité vendredi tout commentaire sur la santé du pape en présence de journalistes. A un journaliste qui lui demandait comment il allait, l’un d’eux a répondu: «en silence».

Le cardinal Carlo Mario Martini, considéré comme un successeur possible pour le pape, s’est pour sa part refusé de répondre à une question sur une démission du Jean Paul II et s’est contenté de dire «Nous prions tous pour lui».

Les bulletins de santé fournis par M. Navarro-Valls ne suffisent toutefois pas à rassurer et le monde attend de voir à nouveau le pape. Une décision sera prise samedi pour la prière de l’Angélus dimanche.