De son épouse Penelope à ses enfants Marie et Charles, sur l'Assemblée ou la Revue des deux mondes, les juges devraient interroger François Fillon sur de multiples aspects mercredi, avant une possible mise en examen.

1 - Penelope Fillon à l'Assemblée

Le 25 janvier, Le Canard Enchaîné révèle que Penelope Fillon a été l'assistante parlementaire de son époux à l'Assemblée nationale, et pose la question d'un possible emploi fictif. C'est le coeur de l'enquête préliminaire ouverte le même jour par le parquet national financier (PNF), relayé le 24 février par les juges d'instruction. Entre 1986 et 2013, auprès de François Fillon ou de son suppléant Marc Joulaud (2002-2007), Penelope Fillon a perçu 680.380 euros net, soit environ 3.600 euros mensuels net.

Ces emplois étaient-ils réels ou cachent-ils un détournement de fonds publics ? Gestion du courrier, de l'agenda, préparation des interventions, contacts avec la société civile, "mon épouse a pris en charge ces tâches simples mais essentielles", a notamment répondu François Fillon.

Avec quelles preuves ? Sa femme a évoqué dans le JDD "des courriers avec (ses) notations", "des échanges de mails" mais concède avoir gardé peu de documents pour les années les plus anciennes. Son rôle très effacé durant toutes ces années jette le trouble. "Je n'ai jamais été son assistante", affirmait-elle en mai 2007 à une journaliste britannique.

2 - Charles et Marie Fillon au Sénat

François Fillon a lui-même révélé le 26 janvier sur TF1 avoir employé ses enfants, Marie et Charles, quand il était sénateur. La première, alors élève avocate, d'octobre 2005 à décembre 2006 et le second de janvier à juin 2007, pour 3.000 euros en moyenne selon M. Fillon. Des assistants pour quelle mission ? Des recherches pour son père, sur des sujets institutionnels, européens et sur des questions de société, notamment en vue d'un livre en 2006, dit à l'AFP l'avocat de Marie Fillon, Me Kiril Bougartchev. "Nous avons retrouvé plusieurs notes attestant de ce travail et démontré qu'elle avait, pendant les quatre premiers mois de sa mission, passé de nombreuses journées à faire des recherches à la bibliothèque du Sénat".

3 - La Revue des deux mondes

L'enquête vise aussi les chefs d'abus de biens sociaux et de trafic d'influence. Ce volet concerne les salaires touchés par Penelope Fillon à la Revue des deux mondes, propriété de l'homme d'affaires proche de François Fillon, Marc Ladreit de Lacharrière.

Employée de mai 2012 à décembre 2013, tout en exerçant déjà à l'Assemblée, elle y touchait 3.500 euros nets par mois. Dans le JDD, Penelope Fillon évoque des "notes et des fiches de lecture", mais seules deux recensions ont été publiées. Elle aurait aussi eu un rôle de conseil auprès de M. de Lacharrière, pour relancer la revue, ont-ils tous deux affirmé.

Dans ce contexte, les relations entre François Fillon et son ami posent question: pourquoi la société de conseil du député, 2F, fondée en 2012, a conseillé la holding du second, Fimalac ? Pourquoi Marc Ladreit de Lacharrière a-t-il prêté 50.000 euros, sans intérêts, à l'homme politique en 2013 selon Le Canard Enchaîné ?

L'homme d'affaires a réfuté tout lien avec son élévation en 2010, sous le gouvernement Fillon, au grade de grand'croix de la Légion d'honneur. Dans tous les cas, François Fillon pourrait être inquiété car le prêt n'a pas été déclaré à la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique (HATVP).

4 - Les suites judiciaires

Que François Fillon soit mis en examen ou témoin assisté, l'instruction va se poursuivre. Parmi les prochaines étapes connues, l'audition le 28 mars de Penelope Fillon, qui pourrait aussi être mise en examen. Auditions, perquisitions, confrontations, expertises, les juges peuvent ordonner tous les actes qui leur semblent utiles à la manifestation de la vérité.

Le statut de mis en examen va aussi donner des droits à François Fillon, comme celui de réclamer des investigations. Sa défense avait estimé que le délit de détournement de fonds publics n'était pas applicable à un député. Mais l'avocat de François Fillon, Antonin Levy, précise désormais que la chambre de l'instruction ne sera pas saisie sur ce point avant la fin de la présidentielle.

Si François Fillon entrait à l'Elysée, il jouirait d'une immunité totale empêchant tout acte judiciaire le concernant. Les investigations pourraient se poursuivre seulement concernant les autres protagonistes.

Un programme de "rupture économique"

Le candidat de la droite à l'élection présidentielle François Fillon a présenté lundi, lors d'une conférence de presse, son "projet de croissance" qui veut refaire de la France "une grande puissance économique et politique". L'ancien Premier ministre souhaite renouer avec une croissance à 2% du PIB, baisser les charges pour les entreprises et supprimer les 35 heures. "Ceux qui décrivent mon projet comme une purge ont tout faux", a entamé François Fillon lors de la présentation de son projet économique. "Je ne demande pas des efforts aux Français, mais je leur propose de renouer avec la prospérité."

Le candidat à l'élection présidentielle veut "redresser l'économie française" en atteignant le plein emploi, en valorisant la liberté économique et en rétablissant la liberté d'entreprendre. "Avec des mesures ambitieuses et réalistes, mon projet se distingue radicalement de celui de mes concurrents", a-t-il souligné.

François Fillon veut notamment doubler le nombre d'entreprises de taille moyenne en dix ans, créer 3,5 millions d'emplois et alléger les normes ainsi que les contraintes pour ces entreprises en les alignant sur les normes européennes. "Je souhaite faciliter le recours à l'auto-entrepreneuriat", a-t-il ajouté.

Le candidat annonce par ailleurs la simplification du droit du travail, la fin des 35 heures et une fiscalité du capital "moins punitive". Au total, François Fillon prévoit une baisse des charges sociales à hauteur de 40 milliards d'euros pour provoquer un "choc de compétitivité".

Pour la fonction publique, l'ancien Premier ministre préconise une hausse du temps de travail à 39 heures, 100 milliards d'euros de baisse des dépenses publiques sur cinq ans et la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires. "Les Français doivent pouvoir compter sur un Etat fort, qui ne croule pas sous les dépenses publiques", a-t-il insisté.

François Fillon a par ailleurs évoqué un "choc fiscal" immédiat de plus de 10 milliards d'euros pour les ménages. Avec l'allégement des charges sociales, les salariés profiteront d'un gain de 350 euros, 700 euros pour les couples, selon le programme.

Le candidat a encore annoncé l'augmentation du budget de la Défense dès 2018 avec le renforcement des capacités opérationnelles, la modernisation des moyens des forces de l'ordre, la valorisation des petites retraites, l'augmentation progressive de l'âge de la retraite à 65 ans, un plan contre la grande pauvreté et la relance du projet européen. "La relance de l'Europe se fera avec un nouvel élan donné à la relation entre la France et l'Allemagne", a-t-il annoncé.

Le candidat à la présidence de la République veut s'appuyer sur un gouvernement "restreint" s'il est élu, avec quinze membres et des effectifs limités à dix collaborateurs dans les cabinets. Les ministres signeront également un code de conduite, notamment pour éviter les conflits d'intérêts, et seront soumis à des objectifs chiffrés et limités dans le temps.

"Les premières semaines et les premiers mois seront cruciaux, je ne perdrai pas de temps", a conclu François Fillon. "Avant la fin de l'année, la France sera entrée dans une nouvelle époque."