Un soldat a été tué à l'arme blanche à Londres. Dans ses mains ensanglantées, le terroriste tient un couteau de cuisine et un hachoir de boucher : "Nous jurons par Allah le tout puissant que nous n'arrêterons jamais de vous combattre". Nouvelle forme d’attaques terroristes ? Contacté par LaLibre.be, Claude Moniquet répond à nos questions. Cet expert en terrorisme est le directeur du Centre européen pour le renseignement stratégique et la sécurité (E.S.I.S.C.) et l’auteur du livre Néo-djihadistes, un ouvrage qui se penche spécifiquement sur cette forme d’attaques terroristes individuelles.

Pour le meurtre de ce mercredi à Londres, les experts parlent d’une attaque ‘do it yourself’. En quoi consiste cette méthode ?

Ce sont des attaques commises par des gens isolés ou de toutes petites cellules extrêmement difficiles à infiltrer, qui sont inspirés par l’idéologie globale d’Al Qaida même s'ils n’en sont pas membres. Ils n’appartiennent donc pas à un groupe mais s’organisent seuls en mini-cellules. Le danger vient surtout de cette difficulté à les repérer.

Comment est née cette stratégie ?

Al Qaida se rendant compte qu’il est de plus en plus difficile de perpétrer des attaques de grande ampleur (11 septembre 2001, Madrid 2004, Londres 2005,…) incite les djihadistes à opérer des attaques plus nombreuses et ciblées. De cette manière, le groupe parviendrait à susciter les mêmes effets de terreur. Ces jeunes n’ont certainement pas commis cet acte après avoir reçu un ordre du Pakistan ou autre, mais ils sont bel et bien inspirés par ces groupes. D’ailleurs, les recettes de certaines bombes, comme la cocotte minute de Boston, sont diffusées en anglais par Al Qaida dans des publications en ligne. Ces revues ont un objectif de propagande, mais elles fournissent également des conseils techniques.

L’Europe, ou plus largement l’Occident, sont-ils réellement menacés par une augmentation de ce type d’attaques ?

Écoutez, on commence à en dénombrer un certain nombre depuis plusieurs mois: Merah à Toulouse, une grenade dans une épicerie juive à Sarcelles, les attaques au Marathon de Boston. En un an, cela fait 4 attaques. Manifestement, il y a un effet de contagion qui se met en place auprès de gens qui trouvent que c’est une bonne idée et que cela fonctionne. Je crois donc que cela pourrait se multiplier et que l’effet finira par être le même que si nous avions un grand attentat.

Comment nos États peuvent-ils se protéger contre ce type d’attaques ?

C’est particulièrement difficile, car ce sont des sanguinaires qui agissent avec des outils simples, comme une hache à viande, et fonctionnent de façon isolée. A Boston, il s’agissait de 2 frères, c’est un contexte particulièrement impénétrable pour les Renseignements qui doivent pouvoir les débusquer et les pister. Ce qu’il faut, c’est réduire l’ancrage radical de certains groupes, mais cela ne se fait pas du jour au lendemain…

Entretien: Dorian de Meeûs