International remise à plat

Les cardinaux ont donc finalement tranché: c’est ce mardi 12 mars qu’ils entameront le sprint final vers la désignation d’un nouveau Pape. Depuis la démission de Benoît XVI,déjà extraordinaire en soi, rien ne se passe tout à fait comme prévu au sommet de l’Eglise. On peut néanmoins tirer quelques conclusions de la semaine de congrégations générales...

1Le temps du discernement. Il a certes fallu attendre l’arrivée, seulement jeudi à Rome, du cardinal vietnamien Jean-Baptiste Pham Minh Man afin que le collège des 115 électeurs puisse se prononcer sur l’ouverture du conclave mais il ne fait pas de doute que depuis le début de la semaine, les cardinaux "nationaux" entendaient "se hâter lentement" et ont profité de leurs rencontres quotidiennes avec ceux de la Curie afin, d’enfin, en savoir davantage sur les différents scandales qui ont agité le Vatican au cours de ces derniers mois. D’autant plus que même s’il ne fait pas de doute que Benoît XVI a senti ses forces défaillir, d’aucuns ne peuvent s’empêcher que ce climat malsain a atteint le moral du Pape émérite. En filigrane de ces discussions a émergé la nécessité de réformer la Curie. Le cardinal allemand Walter Kasper a été jusqu’à demander "un gouvernement plus horizontal". Mais l’idée qu’"il faut révolutionner la Curie" entraîne aussi une demande de réelle transparence. C’est ce qui fait que des cardinaux, surtout américains et germanophones mais aussi français ont souhaité que les congrégations durent plus longtemps pour bien préparer l’agenda du futur pape. On est loin de l’esprit de 2005 où l’on ne parlait que de la continuité de Jean-Paul II avec un successeur incontournable: le cardinal Ratzinger... Et cela dans une grand discrétion, ce qui n’a pas été le cas ici: on ne croira sûrement pas ceux qui disent que les cardinaux américains ont voulu organiser un point de presse quotidien uniquement pour faire des "buzzs" médiatiques. Ils se sont fait rappeler à l’ordre mais on ne pourra éluder demain une meilleure communication vers l’extérieur.

2Le temps des retrouvailles. Les exigences des cardinaux ne résidant pas à Rome ont eu une autre conséquence: en début de semaine, les divergences entre cardinaux italiens sautaient encore aux yeux et voilà qu’on semble assister à des retrouvailles inédites entre des adversaires encore très affirmés. Autre conséquence: ne voulant pas perdre le contrôle de la manœuvre, plusieurs vaticanistes pointent ainsi un rapprochement entre les deux derniers Secrétaires d’Etat qui seraient favorables à un Pape non italien - comme par exemple le cardinal brésilien Scherer - pour autant que le gouvernement de l’Eglise ne se mondialise pas dans son ensemble. En même temps, on parle d’un rapprochement des modérés autour du cardinal Scola.

3Le temps des surprises. Mais cette relative redistribution des cartes doit être lue comme un constat de médias et donc avec quelque recul. Reste que le jeu semble plus ouvert qu’en 2005 où le camp plus progressiste fut vite balayé par le soutien à Josef Ratzinger. Cette fois-ci même si des noms circulent avec insistance, la liste des "papabile" a tendance à augmenter plutôt qu’à diminuer. Autre constat: certaines délégations "nationales" sont plus unies et cela pourrait aussi se répercuter sur le scrutin final mais on ne perdra pas de vue que le groupe italien reste encore et toujours le plus important avec 28 électeurs. Et il a eu le temps de se consulter pratiquement depuis le jour de l’annonce par le Pape de sa démission...

4Le temps d’un nouvel "aggiornamento". Lorsque le nouveau pape apparaîtra au balcon de St-Pierre, tout sera en fait à faire. Il faudra donc qu’il ait une certaine carrure et une personnalité prête à affronter les tirs de barrages. Et un certain charisme pour imposer ses vues afin que l’Eglise entre vraiment dans le XXIe siècle et achève les réformes de Vatican II.