Sœur Emmanuelle et "La Libre Belgique", c'est une longue histoire, dont plusieurs épisodes importants ont été écrits essentiellement par nos lecteurs. En 1984, sous l'impulsion d'Eric Valentin, à l'époque directeur général adjoint de notre groupe de presse, "La Libre" lance une opération qui vise à récolter des milliers de briques "Lego" ainsi que de l'argent pour construire plusieurs centaines de logements, en vraies briques ceux-là. Il s'agit de participer le plus concrètement possible au travail que mène Sœur Emmanuelle dans un bidonville du Caire, pour sortir ses "chiffonniers" de la misère.

Nos lecteurs et leurs enfants répondront massivement à l'appel : des milliers de petites briques de plastique et six millions de francs belges seront récoltés en quelques semaines et remis à la religieuse, à l'occasion d'une "Librévasion" organisée en Egypte. Sœur Emmanuelle les remerciait par ces mots : "Nos petits vont commencer à construire, en riant, des maisons en Legos. Et leurs parents bâtiront aussi, en chantant, de claires demeures qui riront, comme mon cœur, sous notre beau soleil d'Egypte".

Actions fidèles aux paroles

Quatre ans plus tard, en 1988, "La Libre" s'associait au Service Sport de l'UCL pour réaliser une demande précise de Sœur Emmanuelle : créer dans son bidonville un vrai terrain de sports, avec de vrais buts, des vestiaires, des douches et des ballons. Pari réussi grâce aux quelque 5 millions de FB recueillis et au travail sur place des équipes de l'UCL.

Lors de la remise des dons, au Caire, Eric Valentin soulignait combien il était important pour "La Libre" et ses lecteurs d'aider Sœur Emmanuelle, car - déjà depuis de nombreuses années à l'époque -, ses actions étaient fidèles à ses discours.

"Une blessure inguérissable"

Nous avons aussi, bien sûr, réalisé plusieurs interviews de la religieuse. En relisant le contenu, hier, on ne pouvait qu'être frappé par l'acuité de son regard sur la société, que plusieurs décennies d'heurs et malheurs du monde ont conforté.

A Fabien Deleclos, notre regretté chroniqueur religieux, elle confiait ainsi en 1978, il y a 30 ans : "je ne veux pas être le coffre-fort de la bonne conscience des chrétiens. Mais je les supplie d'examiner leur standard de vie. Avez-vous vraiment le droit de dépenser pour vous-même et les vôtres tout ce que vous dépensez ? Mais nous avons moins besoin d'argent que de conversion des cœurs. Et à ceux qui liront ces lignes, je voudrais ajouter : donnez votre main à ces enfants, ces femmes, ces jeunes, et mettez-les debout !"

Le 21 octobre 1997, Sœur Emmanuelle avait accepté d'être notre "rédactrice en chef d'un jour". Avec l'ensemble de la rédaction, elle avait balayé l'actualité du moment.

Interrogée à propos de l'attitude de l'Eglise lors du génocide du Rwanda, elle répondait : "J'ai une blessure inguérissable du fait que des milliers d'hommes se disant catholiques, pratiquants, ont, un certain dimanche de Pâques, communié côte à côte. Puis les uns ont massacré les autres dans des conditions atroces [...] Un homme qui a vécu là m'a dit : ma sœur, c'est tout naturel. On ne peut pas en une génération transformer une manière de vivre où la vie de l'autre n'a pas de valeur. Il nous a fallu en Europe des siècles et des siècles pour respecter davantage la vie humaine. Et encore, me disait-il, y sommes-nous arrivés quand on voit ce qui s'est passé en Bosnie ?"