Les chiites d’Irak, qui ont remporté haut la main les premières élections de l’après-Saddam Hussein, espèrent associer les sunnites, marginalisés, à un gouvernement représentatif de crainte d’une escalade de l’instabilité politique et de la violence.

Les Kurdes constituent désormais la deuxième force politique d’Irak, selon les résultats officiels annoncés dimanche par la Commission électorale.

Les Irakiens ont élu le 30 janvier une Assemblée nationale transitoire dont la tâche principale sera de rédiger la Constitution permanente. Les Kurdes ont, en outre, voté pour renouveler le Parlement de leur région autonome.

La liste chiite de l’Alliance unifiée irakienne parrainée par le grand ayatollah Ali Sistani devrait s’assurer la majorité absolue des 275 sièges de l’Assemblée nationale, donnant le pouvoir pour la première fois à cette communauté majoritaire opprimée sous Saddam Hussein.

Ces résultats sont un revers pour les Arabes sunnites, qui sont massivement restés à l’écart des élections après qu’ils eurent dirigé le pays pendant des décennies.

L’Irak entre désormais dans le jeu compliqué des marchandages politiques et des alliances dont dépendra la désignation des prochains dirigeants.

Les chiites avaient réussi à présenter un front unifié qui pourrait être mis à mal lors du processus de formation du gouvernement.

D’origine iranienne, Sistani ne brigue aucun poste, mais plusieurs candidats sont déjà sur les rangs pour être président ou Premier ministre: le ministre des Finances sortant Adel Abdel Mahdi, le vice-président sortant Ibrahim Jaafari et un outsider, Hussein al-Chahrastani. Ahmed Chalabi a affiché son ambition d’être Premier ministre, affirmant être soutenu par la liste parrainée par Sistani.

Côté kurde, le chef de l’Union patriotique du Kurdistan Jalal Talabani briguerait la présidence, selon des responsables kurdes.

Selon des experts irakiens, les sunnites pourraient obtenir la présidence de l’Assemblée nationale.

La liste des deux grands partis kurdes a aussi remporté les élections pour le conseil de la province de Taamim, dont la ville multiethnique de Kirkouk est le chef-lieu, par 58,4% des voix, renforçant les craintes de crispations entre les différentes communautés.

Le président américain George W. Bush s’est montré prudent à l’annonce des résultats dont il faudra attendre la «certification » mais a souligné que «les Etats-Unis et nos partenaires au sein de la coalition peuvent être fiers du rôle joué pour rendre possible ce grand jour ».

La France a appelé lundi les Irakiens à «un dialogue national afin de créer les bases d’un large consensus et de garantir l’indépendance, l’unité et la stabilité de l’Irak », selon le porte parole du ministère français des Affaires étrangères, Hervé Ladsous.

«Ce qu’il faut voir maintenant, c’est comment (...) les chiites, les kurdes et les sunnites peuvent parvenir à des accords pour la poursuite de la rédaction de la Constitution et ensuite pour la formation du gouvernement », a estimé à Madrid le Haut représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne, Javier Solana.

La Russie a de son côté espéré que le gouvernement provisoire cherchera à obtenir le soutien des «parlementaires, forces politiques et principaux groupes ethniques et religieux », selon le ministère des Affaires étrangères.

Les élections n’ont pas freiné le cycle de la violence et dix-huit personnes ont été tuées depuis dimanche soir dans différentes attaques et cinq soldats enlevés.

Les cinq militaires, dont un capitaine, ont été enlevés à Samarra, selon un communiqué des ravisseurs, distribué par des hommes armés dans cette ville située à 120 km au nord de Bagdad.

Par ailleurs, une femme et un enfant ont été tués et cinq civils, dont une enfant, blessés par des tirs d’obus de mortier contre un quartier résidentiel de Samarra. Un soldat a été tué et deux civils ont également été blessés dans des affrontements avec des rebelles dans la région de Moutassem, à l’est de Samarra.

Un autre soldat a été tué dans des échanges de tirs entre sa patrouille et des rebelles armés dans la région de Doujail, à 40 km au nord de Bagdad.

A Chorgat, à 300 km au nord de Bagdad, un entrepreneur travaillant pour l’armée américaine a été abattu par des hommes armés.

Deux policiers ont été tués et deux blessés par des hommes armés dans le centre de Mossoul, à 375 km au nord de Bagdad et un policier a été abattu par des inconnus près de Baïji, à 200 km au nord de Bagdad.

Dimanche soir, un Irakien a été tué par des tirs près d’un barrage tenu par des soldats irakiens et américains dans la ville de Samarra.

A Bagdad, deux colonels et deux soldats irakiens ont été abattus dans la nuit dans leur voiture dans le quartier sunnite de Kadimiyah et un policier dans celui de Chaab, habité par des chiites.

Dans le quartier Al-Amriya (ouest de la capitale), deux officiers de la brigade criminelle ont été également abattus alors qu’au nord de la capitale, un officier de police a été blessé et sa fille a été tuée tandis qu’un autre a été abattu par des tirs d’inconnus.