Les Chypriotes grecs ont rejeté samedi le plan de réunification présenté par l'Onu, mettant un terme aux espoirs de voir Chypre entrer réunifiée dans l'Union européenne le 1er mai, malgré le vote en faveur du texte des Chypriotes turcs, selon des sondages à la clôture du scrutin.

Selon un sondage diffusé par la télévision chypriote-grecque Antenna, 78 pc des électeurs chypriotes-grecs ont voté "non" et 21,5 pc "oui" au référendum sur le plan présenté par le secrétaire général des Nations unies, qui ambitionnait de résoudre une division de 30 ans avec les Chypriotes turcs, au nord.

La chaîne concurrente Mega a diffusé quant à elle un autre sondage donnant une fourchette de 73,5 à 76,5 pc pour le "non", contre 23,5 à 26,5 pc pour le "oui" dans la partie sud.

De leur côté, les Chypriotes turcs ont voté samedi à près de 60 pc pour la réunification de l'île méditerranéenne, selon la chaîne d'information turque NTV, citant des sondages de sortie des urnes.

"Il n'y a aucune raison de se réjouir, mais aucune raison de pleurer. Ce n'est pas un +non+ contre une solution, c'est un vote de protestation contre certaines dispositions du plan", a déclaré le porte-parole du gouvernement chypriote-grec, Kypros Chrystostomidès, à la télévision grecque ERT.

"Nous espérons que les Nations unies, l'Union européenne et les Etats-Unis respectent le choix du peuple chypriote et qu'ils nous aident à trouver une solution loin des pressions", a affirmé pour sa part Véra Polikarpou, responsable des relations extérieures du parti communiste Akel, le plus gros parti côté chypriote-grec, qui avait appelé à voter "non".

"Il ne fait aucun doute que la situation sera encore plus dure pour nous après ce rejet", a-t-elle dit.

Selon elle, "Chypre mérite une deuxième chance pour soumettre à nouveau le plan à référendum cette année".

Le président chypriote-grec Tassos Papadopoulos, qui avait appelé à voter "non", avait demandé à ses concitoyens d'éviter de fêter le résultat du vote, quel qu'il soit, par des manifestations de rue.

Du côté chypriote-turc, le dirigeant historique Rauf Denktash, chantre lui aussi du "non", avait qualifié samedi le plan de l'Onu de "désaccord entre deux parties", au moment de déposer son bulletin dans l'urne.

"Nous ne savons pas ce qui est bon pour nous. Les Etats-Unis, le Royaume uni et l'UE (qui ont appelé les Chypriotes à voter "oui" ndlr), eux, le savent", avait ironisé M. Denktash. Il avait menacé de démissionner en cas de victoire du "oui".

Son Premier ministre Mehmet Ali Talat, partisan du "oui", avait affirmé pour sa part après avoir voté que "notre objectif est de créer à Chypre un Etat et un ordre où les souffrances d'antan n'auront plus raison d'être".

Au total, 623.801 électeurs, 480.165 chypriotes-grecs dans la partie sud de l'île et 143.636 chypriotes-turcs dans la partie nord, étaient appelés à voter par oui ou par non à la question de savoir s'ils approuvaient le plan présenté par le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan.

Le plan, un texte de 9.000 pages, ambitionnait de mettre un terme à une division mise en place en 1974. Il définissait une République unifiée de Chypre sur un modèle fédéral, avec deux Etats constituants, l'un chypriote-grec et l'autre chypriote-turc, politiquement égaux.

Il prévoyait aussi que la zone turque actuelle soit amputée d'environ 7 pc du territoire de l'île au profit de la partie grecque, et des exemptions au principe de libre-circulation dans l'UE afin de limiter le retour des réfugiés chypriotes-grecs dans le nord.

Chypre est divisée depuis 1974, lorsque l'armée turque a envahi le tiers nord de l'île, en riposte à un coup d'Etat d'ultranationalistes chypriotes-grecs qui voulaient rattacher l'île à la Grèce.