La puissante démocrate américaine Nancy Pelosi a déclaré jeudi qu'il était trop tôt pour engager une procédure de destitution contre Donald Trump, tout en affirmant que le président républicain serait heureux de pouvoir se poser en victime d'une telle initiative, "source de grandes divisions".

"Nous pouvons révéler les faits aux Américains à travers nos enquêtes, et cela peut nous amener vers un moment où une destitution serait inévitable, ou non. Mais nous n'en sommes pas là", a déclaré Mme Pelosi au lendemain d'un échange acrimonieux avec le président républicain.

"Et j'estime qu'une destitution serait assurément source de grandes divisions pour notre pays".

La bataille entre les démocrates et Donald Trump a viré à la guerre ouverte mercredi lorsque le président, visiblement outré, a annoncé qu'il ne collaborerait plus avec eux sur de grands projets comme un plan d'infrastructures tant qu'ils ne mettraient pas fin à leurs "enquêtes bidon" le visant.

Le président réagissait à une déclaration de Nancy Pelosi, selon laquelle M. Trump était "engagé dans une opération de dissimulation" pour empêcher les démocrates de suivre les pistes laissées par l'épais rapport issu de l'enquête russe, notamment sur les soupçons d'entrave à la justice.

Depuis, Donald Trump a lancé plusieurs rafales de tweets, accusant les démocrates de le "harceler" et d'être le "parti qui ne fait rien".

"Il a peur d'être accusé de mener une opération de dissimulation", a réagi Nancy Pelosi en conférence de presse.

La Maison Blanche a opposé plusieurs refus de coopérer aux enquêtes parlementaires lancées par les démocrates, qui disposent de vastes pouvoirs d'investigation grâce à leur majorité à la Chambre.

Face à ces refus, le débat sur une possible procédure de destitution contre Donald Trump a pris une nouvelle intensité cette semaine, au Congrès comme chez les candidats démocrates à la présidentielle de 2020. Mais les voix en sa faveur restent minoritaires à la chambre basse.

Politique aguerrie âgée de 78 ans, Nancy Pelosi craint qu'une telle procédure ne leur nuise dans les urnes en assourdissant leur message de campagne sur les questions qui préoccupent vraiment les électeurs, lassés des guerres politiques à Washington.

D'autant qu'avec un Sénat dominé par les républicains, cette procédure est, en l'état, vouée à l'échec.

Les démocrates "ne font rien"

Comme le candidat à la présidentielle Bernie Sanders la veille, Nancy Pelosi a d'ailleurs affirmé que Donald Trump souhaitait au fond, par calcul électoral, voir les démocrates lancer une telle procédure: "Cela ne fait aucun doute. La Maison Blanche réclame une destitution à corps et à cri".

La veille, Donald Trump, 72 ans, s'était dit indigné d'avoir entendu que la démocrate avait organisé une réunion pour débattre de la question de son éventuelle destitution, juste avant de venir le voir pour discuter d'un grand plan d'infrastructures.

"Les démocrates ne font rien au Congrès", a-t-il encore accusé jeudi, avant de leur reprocher de vouloir "refaire" l'enquête russe.

Dans son rapport publié fin avril après près de deux ans d'enquête, le procureur spécial Robert Mueller fait état de l'ingérence russe dans la présidentielle américaine de 2016 mais conclut que l'équipe de campagne de Donald Trump n'a pas coopéré avec Moscou.

L'ex-chef du FBI se garde en revanche de blanchir le président des soupçons d'entrave à la justice, tout en soulignant que le Congrès est compétent pour enquêter sur ce point.

Donald Trump s'estime lui totalement blanchi. Et l'a encore fait savoir mercredi en plaçant un panneau proclamant "pas d'obstruction, pas de collusion" sous son pupitre présidentiel lors de la conférence de presse convoquée à la hâte pour exprimer son courroux contre les démocrates après leur réunion avortée.

Mais pour Nancy Pelosi, le président est en fait inquiet de voir la justice commencer à donner raison aux démocrates contre la Maison Blanche, qui voulait ignorer leurs injonctions concernant des documents sur ses finances.

"Je pense que ce sont ces affaires juridiques qui l'ont vraiment affecté et le fait que le groupe démocrate de la Chambre ne soit pas sur la voie d'une destitution. Parce que c'est là où il veut nous amener", a-t-elle martelé.