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Les quelque 3 000 députés à l’Assemblée populaire nationale (APN) sont réunis dans l’écrasant bâtiment d’architecture stalinienne qui domine un des côtés de la place Tian’anmen, à Pékin, à l’occasion de la session annuelle du Parlement chinois qui s’ouvre ce mardi et durera huit jours. D’ordinaire, cet événement ne suscite pas un intérêt dépassant la communication de certaines statistiques officielles (comme le budget de la Défense, par exemple), bien que les discours prononcés à la tribune par les divers responsables du pays puissent fournir d’utiles renseignements sur le cours de la politique chinoise. Cette fois, cependant, il en va autrement.

Tous les cinq ans, et c’est le cas cette année, il revient, en effet, au Parlement chinois de procéder au renouvellement des postes de direction à la tête de l’Etat, selon une procédure réglée comme du papier à musique. Rappelons à ce propos que, dans le système politique chinois, deux hiérarchies coexistent : celle du Parti communiste (le parti unique au pouvoir, dont les instances sont remaniées lors des Congrès, convoqués eux aussi tous les cinq ans) et celle des organes d’Etat (présidence de la République, direction du gouvernement, présidence de l’APN et de son comité permanent).

Des deux, c’est évidemment la première qui l’emporte et, dans pareil contexte, le gouvernement chinois n’est guère plus que l’instrument d’exécution des décisions prises par le parti, tandis que le Parlement sert à donner un vernis de légalité démocratique, en même temps qu’il fournit une caisse de résonance, à ces décisions, même s’il lui est arrivé de parfois ruer dans les brancards (l’opposition d’un tiers des députés au projet de barrage des Trois-Gorges, en 1992, fut un exemple d’autant plus spectaculaire qu’il était rarissime).

Une oligarchie

Une telle situation aurait pu devenir schizophrénique si les postes-clés, dans les deux hiérarchies, n’étaient pas occupés par les mêmes personnes, qui siègent toutes au sein du tout-puissant Comité permanent du Bureau politique du parti (un club de sept membres qui décide de tout et fait de la Chine une oligarchie). Qui plus est, c’est désormais le même homme qui, au sommet de la pyramide, cumule tous les pouvoirs : secrétaire général du parti, chef des forces armées (en tant que président de la Commission militaire centrale du parti) et président de la République.

Cette réalité permet de comprendre pourquoi il n’y a guère de suspense à attendre de cette session de l’APN qui doit formellement désigner les successeurs de Hu Jintao et Wen Jiabao aux postes respectivement de chef de l’Etat et de Premier ministre, postes qu’ils occupaient l’un et l’autre depuis dix ans. Comme Xi Jinping, 59 ans, a été porté à la tête du parti lors du Congrès de novembre dernier, il sera logiquement appelé à endosser aussi le costume de président de la République, et cela à plus forte raison qu’il en est déjà le vice-président depuis cinq ans. Quant au futur chef du gouvernement, il ne peut s’agir que de Li Keqiang, 57 ans, qui compte déjà parmi les vice-Premiers ministres et qui, surtout, est devenu le numéro deux du parti à la faveur du dernier Congrès.

En dehors de ces nominations, et de celle du président du Parlement (une fonction plus protocolaire, quoique l’APN soit théoriquement investie de prérogatives importantes dont celle d’imposer la loi martiale), les députés seront appelés à avaliser les grandes options stratégiques arrêtées par le Congrès du parti. Ils pourraient débattre d’autres questions d’actualité, dont l’une retient particulièrement l’attention : la possible réforme du système de "rééducation par le travail". Hérité de l’ère maoïste, celui-ci permet de priver une personne de liberté, pour une période pouvant aller jusqu’à quatre ans, sur simple décision de police, c’est-à-dire sans procès ni jugement, sans même que des charges soient explicitement retenues contre un prévenu. Cette pratique arbitraire et expéditive a permis d’arrêter aussi bien des délinquants de droit commun que des opposants politiques.

Un pays inégalitaire

C’est, toutefois, au-delà de cette session parlementaire que les observateurs regardent, en s’interrogeant sur l’aptitude de la nouvelle direction chinoise à relever les immenses défis auxquels le pays est confronté : défis économiques, bien sûr, mais aussi défis écologiques (dont l’ampleur est illustrée par les pics de pollution vertigineux enregistrés ces derniers mois à Pékin) et défis socio-politiques.

Alors qu’on attend le procès de Bo Xilai, l’ancien potentat de la municipalité spéciale de Chongqing tombé en disgrâce à la suite d’une affaire de corruption mêlée d’assassinat, l’intégrité des dirigeants du régime est plus que jamais mise en doute. Les privilèges et le train de vie trop souvent discutable de la nomenklatura sont d’autant plus mal ressentis par la population que les inégalités ne cessent de se creuser, faisant de la Chine, selon certaines études, le pays le plus inégalitaire de la planète.