REPORTAGE

A voir le dispositif de sécurité dressé sur le boulevard Léopold III, l'on serait tenté de croire qu'il régnerait au siège du conseil permanent de l'Organisation du traité de l'atlantique nord (Otan) une agitation maximale. Des barrages policiers à chaque carrefour de la grande avenue menant à l'Alliance atlantique filtrent les véhicules. «Nous sommes venus en renfort de Schaerbeek pour prêter main forte à nos collègues d'Evere», déclare un agent des forces de l'ordre en civil, mardi après-midi, quelques heures après les attentats qui ont ébranlé les États-Unis. «On vide le bâtiment de l'Otan de ses travailleurs et on prend des mesures pour garantir la sécurité du site. Mais on ne fait rien pour la population avoisinante. Quand on voit comment les événements se sont déroulés, nous ne sommes pas non plus à l'abri», commente un vieux couple, levant les yeux vers le ciel pour observer un avion qui passe.

ÉVACUATION DANS LE CALME

Sur le site de l'Otan dans le quartier Evere à Bruxelles règne un calme apparent. Et pourtant derrière les vitres des différents bâtiments doit régner une énorme tension. Les voitures de gendarmes ont pris position à l'entrée du site et les voitures sont passées au peigne fin, «plus que d'habitude»,

sourit un agent, vêtu d'un gilet pare-balles et faisant signe à un automobiliste curieux de poursuivre sa route.

Des journalistes, les uns portant leur caméra à l'épaule, les autres les appareils photos autour du cou scrutent la cour de l'Otan à la recherche d'un éventuel mouvement de troupes. «Le secrétaire général de l'Otan Georges Robertson a fait une communication invitant le personnel non indispensable à rentrer chez lui et à ne pas revenir le lendemain. Ceux qui assurent des tâches essentielles sont priés de rester», a déclaré un membre de la délégation danoise à une journaliste d'une chaîne de télévision danoise.

Petit à petit et dans le calme, des voitures avec à leur bord des travailleurs aux mines serrées - probablement par la douleur ou l'émotion - sortent de l'enceinte. Dans la cour, deux ouvriers mettent les drapeaux en berne. «C'est en signe de deuil et pour compatir à la souffrance des Américains à la suite des attentats qui ont secoué les USA», explique le chauffeur en montant dans sa camionnette blanche.

Dehors, quelques curieux de passage n'hésitent pas à y aller de leurs commentaires. «On se croirait dans un film. On a du mal à penser que quelqu'un ou une organisation terroriste ait pu mener une action de cette envergure contre la première puissance militaire du monde», déclare un jeune homme, compatissant.

«Ils auraient dû s'investir plus dans le conflit du Proche-Orient. Au lieu de cela, ils ont observé un mutisme complet qui s'apparente à un soutien à la politique du Premier ministre israélien Ariel Sharon», renchérit son copain.

S'UNIR CONTRE LE TERRORISME

Même s'il n'y a pas d'agitation visible sur le site, il n'en demeure pas moins vrai que les responsables de l'Otan suivent avec attention le déroulement des événements dramatiques qui se déroulent au pays de l'oncle Sam. Dans la salle de presse, la télévision est allumée. Les yeux rivés sur l'écran et les oreilles attentives, chacun suit le drame. "Le secrétaire général a convoqué une réunion d'urgence du Conseil permanent de l'OTAN (ambassadeurs) cette nuit à 21 heures et une conférence de presse est prévue à 22 heures»,

explique une employée, sans perdre de vue les images de détresse qui défilent sur l'écran de télé.

Et de souligner que depuis que les attentats ont éclaté, le personnel vit au rythme de l'évolution de la situation.

Mais en attendant, Georges Robertson a, dans un communiqué, diffusé mardi après-midi, appelé les pays de l'Alliance atlantique à unir leurs efforts et à faire « front commun» contre le «fléau du terrorisme».

© La Libre Belgique 2001