La Belgique passe pour un pays modèle de dialogue en matière de relations interreligieuses et philosophiques même s’il subsiste de fortes traces des guerres scolaires d’antan et une forte tradition "anticalotine". Etonnant pays qui a marqué sa différence par l’unionisme, l’entente des catholiques et des libéraux face à l’absolutisme néerlandais en 1830.

Pourtant, dans son rapport annuel sur la liberté religieuse dans le monde, l’organisation Aide de l’Eglise en détresse (AED) estime que cette liberté se dégrade en Belgique. Elle cite notamment l’initiative prise par l’ex-bourgmestre de Bruxelles, Freddy Thielemans (PS) de remplacer la crèche de Noël par un sapin hypermoderne. M. Thielemans avait avoué avoir sabré le champagne à la mort de Jean Paul II.

Actes christianophobes rares

D’autres exemples : la volonté de laïciser les congés scolaires ou de supprimer des jours fériés "carillonnés". Ou encore ce rapport officiel Fédération Wallonie-Bruxelles parlant de l’homophobie… catholique. Pour le reste, AED cite les pages Débats de "La Libre" en épinglant des prises de position pour et contre un Etat belge laïque sous les plumes de Marc Uyttendaele (pour) et de Charles Delhez, sj (contre). "Business as usual", mais les actes christianophobes sont rares, exception faite de certaines violations de lieux de culte de la part d’opposants au financement des cultes. Fallait-il y ranger l’irruption des Femen à l’ULB aspergeant Mgr Léonard ? Ce dernier en a vu d’autres et si leur geste était tout sauf respectueux, il n’a guère été imité. AED inclut également dans son dossier belge la tuerie du Musée juif du 24 mai 2014. Mais cet attentat n’est-il pas d’abord antisémite avant d’être antireligieux ?


Depuis l’Europe, les Eglises chrétiennes font jouer tous leurs relais dans la discrétion

"Sois sans crainte, petit troupeau."

Au Liban en 2012, l’exhortation apostolique de Benoît XVI avait déjà marqué les esprits. Pour autant, s’il encourageait les siens à rester sur leurs terres, ses propos n’avaient pu enrayer les massacres et les exodes.

Au-delà des discours, aussi vigoureux et réguliers sont-ils, demeure donc cette éternelle question : que peut le Vatican pour éviter les persécutions ? Et, plus largement, que peuvent concrètement les Eglises chrétiennes pour venir en aide aux croyants ?

L’organisation catholique

"Honnêtement, c’est une colle", reconnaît un proche du Vatican : la plupart des actions sont engagées dans la discrétion.

Derrière cette interrogation, se croisent en effet de sensibles enjeux diplomatiques, économiques et humanitaires précise Antoine-Marie Izoard, directeur de l’agence de presse I.Media spécialisée sur le Vatican.

Néanmoins précisera-t-il à l’instar d’autres organisations chrétiennes présentes sur le terrain, la chance des catholiques est d’avoir une église très centralisée et très organisée sur le plan international. "La voix du Pape dépasse les frontières catholiques et bénéficie d’une aura unique qui sensibilise les Occidentaux et qui encourage les chrétiens d’Orient", précise de surcroît Catherine Beaumont, porte-parole de l’importante association L’Œuvre d’Orient.

De la diplomatie à l’action de terrain, l’Eglise catholique joue donc sur différents tableaux. Le Pape profite de son aura et de ses entretiens avec les chefs d’Etat. Son bras droit Mgr Parolin porte son message au sein de très nombreux sommets mondiaux. "Des cardinaux de premier plan sont également envoyés sur le terrain", poursuit Antoine Marie Izoard. "Ils transmettent le soutien de l’institution aux populations, intensifient le dialogue avec les évêchés et, en présence de Caritas International, observent la distribution de l’aide financière et humanitaire envoyée depuis l’Occident."

S’il a mis du temps à réagir, reconnaissent certains observateurs, le sort des chrétiens d’Orient est actuellement au cœur des préoccupations du Vatican qui profite de ses très nombreux relais, mais aussi de son importante expertise en la matière. Les croyants, à leur tour, se mobilisent massivement via l’envoi d’argent ou d’aides humanitaires confirme Catherine Beaumont.

L’importance des Eglises sur place

Du côté orthodoxe et protestant, on n’est pas en reste non plus. Une organisation œcuménique telle que la Conférence des Eglises européennes pèse au niveau diplomatique et parvient à être le relais entre les diverses Eglises qu’elle représente. "Les pouvoirs publics se tournent vers nous non seulement pour mieux comprendre le fait religieux, mais aussi pour bénéficier de notre expertise sur le terrain", admet Guy Liagre, son secrétaire général.

"Le souci est permanent chez nous également", confirme de son côté le Père Evangelos, secrétaire de l’Eglise orthodoxe en Belgique, qui reconnaît cependant que les relais pour distribuer les aides sur place sont fragiles.

"J e sais que cela peut paraître difficile à comprendre" insiste-t-il également, "mais il y a aussi le spirituel. La prière est plus qu’un discours à nos yeux. Nous avons foi en elle pour soutenir les chrétiens persécutés."

Sur le terrain, à Erbil au Kurdistan, Vincent Gelot a contribué à lancer la radio Al-Salam le 5 avril dernier, jour de Pâques. Elle aussi a pour objectif de créer des liens et de rendre espoir à tous les exilés qui ont trouvé refuge au Kurdistan irakien. "Le soutien de l’Eglise est indirect pour des initiatives comme les nôtres, mais il est important", insiste-t-il. "La fatigue prédomine aujourd’hui, mais au-delà des discours, les visites régulières venues d’Occident aident les victimes à tenir le coup. Le pire serait l’indifférence."


Aux Etats-Unis, Obama ne veut pas partir en croisade

La protection des chrétiens d’Orient est un sujet de politique étrangère sensible pour les Etats-Unis. La Maison-Blanche hésite à prendre position.

Au mois d’août dernier, Barack Obama avait annoncé la nomination d’un envoyé spécial américain "pour la promotion de la liberté des minorités religieuses au Moyen-Orient", doté d’un budget d’un million de dollars. Huit mois plus tard, ce poste n’a toujours pas été pourvu.

Pour les observateurs, cette lenteur souligne la passivité de l’administration Obama envers la situation des chrétiens du Moyen-Orient persécutés par l’Etat islamique. Que ce soit dans les rangs du Congrès, ou dans le grand public, la prise de conscience de ces persécutions est récente. Les images de l’exécution des 21 coptes égyptiens en Libye, le 15 février 2015, ont fait l’effet d’un électrochoc auprès d’une population très peu informée jusque-là.

"La population américaine, qui est largement chrétienne, a très peu de connaissance et n’a pas de liens avec les chrétiens du Moyen-Orient. Nous essayons de construire des ponts entre les deux communautés et expliquer l’urgence de l’action", explique Ninar Keyrouz, directrice de la communication pour l’association In Defense of Christians, basée à Washington DC.

"Conséquence de l’invasion"

"La reconnaissance aux Etats-Unis des conditions dramatiques de ces populations ne fait qu’émerger", explique Brian Katulis, analyste pour le Center for American Progress et auteur d’un récent rapport sur les chrétiens du Moyen-Orient. "Ce qui est étonnant quand on sait que ce qui leur arrive est en partie une conséquence directe de l’invasion américaine de 2003. C’est un problème qui est de plus en plus difficile à ignorer, étant donné son impact pour la région."

Une proposition de loi a été déposée par deux élus de Californie, Duncan Hunter et Juan Vargas, visant à favoriser l’immigration des membres des minorités religieuses en provenance d’Irak et de Syrie, en accélérant leur demande d’asile. Mais à ce stade, aucun vote n’a été mis à l’agenda du Congrès.

Cette initiative est d’ailleurs controversée, puisque la plupart des organisations religieuses préfèrent que les chrétiens d’Orient puissent vivre en sécurité et en paix dans leurs régions d’origine.

Les experts reconnaissent que ce dossier de politique étrangère est extrêmement sensible pour Washington. "Il y a toujours des réticences à faire plus que de simples déclarations car le mauvais type d’engagement américain pourrait faire le jeu des extrémistes et aller à l’encontre des populations persécutées", poursuit Brian Katulis.

La plus grande crainte de l’administration Obama est de donner l’impression de mener une croisade en apportant une assistance spécifique aux minorités chrétiennes. "Les extrémistes d’Al Qaïda et de l’Etat islamique utilisent l’argument d’une guerre de religion menée contre les musulmans, ceci explique la réticence de la Maison-Blanche", à définir une stratégie ciblée envers les chrétiens, poursuit l’expert.

Des besoins humanitaires énormes

Jusqu’à présent, la plus importante mesure du gouvernement américain passe par l’aide militaire. Pour l’année 2015, 1,6 milliard de dollars a été alloué à la lutte contre l’Etat islamique.

Une partie de ces fonds doit servir à la défense des communautés chrétiennes d’Irak, "à travers l’assistance des forces locales impliquées dans la protection des minorités religieuses et ethniques hautement vulnérables de la plaine de Ninive et ailleurs", cite le rapport du budget de la Défense américaine.

Les Etats-Unis sont le plus important donateur aux réfugiés syriens, en matière d’aide d’urgence et humanitaire, souligne encore Brian Katulis, qui précise cependant que ces besoins sont énormes, notamment en matière d’éducation scolaire dans les camps de réfugiés.