«Les Etats-Unis ne sont pas et ne seront jamais en guerre contre l'islam», a déclaré lundi Barack Obama dans un discours prononcé devant le Parlement turc, au cours de sa première visite dans un pays musulman depuis son élection à la Maison Blanche.

Lors de ce discours, retransmis en direct par les chaînes arabes Al-Jazira et Al-Arabiya, le président américain a tenté de raccommoder des relations malmenées par son prédécesseur George W. Bush après le 11 septembre 2001. Il a souligné que les groupes terroristes tels qu'Al-Qaïda ne représentaient pas les opinions de la majorité des musulmans.

«En fait, notre partenariat avec le monde islamique est essentiel pour faire reculer une idéologie marginale que rejettent les gens, quelle que soit leur foi», a estimé Barack Obama. «La relation de l'Amérique avec le monde islamique ne peut pas et ne sera pas fondée sur une opposition à Al-Qaïda», a-t-il ajouté. «Nous recherchons un engagement plus large, qui se fonde sur des intérêts et un respect mutuel».«Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays», a promis le président américain. Barack Obama a été particulièrement applaudi lorsqu'il a déclaré que les Etats-Unis soutenaient l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.

Regagner la confiance turque

Avant de quitter Prague dimanche, M. Obama a défendu l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, donnant le signal de sa visite: regagner la confiance de ce pays d'importance géostratégique, qui aspire à rejoindre le bloc européen. "Bravo Obama!" se félicitait ainsi en Une le journal à grand tirage Sabah, saluant le geste d'Obama qui a déplu cependant au président français Nicolas Sarkozy. Ce dernier a réitéré haut et fort son opposition à une adhésion turque. Michelle Obama n'accompagne pas son mari et a regagné Washington.

Le président américain devait entamer son programme officiel à Ankara par une visite au mausolée du fondateur de la Turquie moderne Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938) qui a donné naissance en 1923 à une République laïque sur les cendres de l'empire ottoman.

Un empire accusé d'avoir perpétré à son déclin un "génocide" envers sa population arménienne, de 1915 à 1917. Ankara souhaite que M. Obama renonce à qualifier de génocide les massacres d'Arméniens, revenant sur ses déclarations pendant sa campagne électorale. Il devait ensuite avoir un tête-à-tête avec son homologue turc Abdullah Gül avant que les deux hommes ne s'adressent à la presse.

Après un discours au Parlement, M. Obama est attendu à Istanbul, où il rencontrera mardi les chefs des communautés religieuses, puis un groupe d'étudiants, et visitera deux mosquées. "Le président va réaffirmer son sentiment que la Turquie est un allié déterminant, et constitue une partie importante de l'Europe. Il a voulu se rendre en Turquie parce qu'il pense qu'il faut relancer les relations entre les deux pays, distendues ces dernières années", a déclaré dimanche à la presse un responsable américain faisant partie de la délégation d'Obama qui effectue sa première visite dans un pays musulman.

Les relations entre les deux alliés de l'Otan s'étaient tendues en 2003, après l'intervention militaire américaine en Irak, à laquelle les Turcs se sont opposés en refusant d'ouvrir leurs frontières aux troupes américaines pour une invasion par le nord. Les choses se sont améliorées depuis, les Etats-Unis fournissant des renseignements à l'armée turque pour déloger les séparatistes kurdes du nord de l'Irak, d'où ils attaquent la Turquie.

Selon le même responsable, M. Obama souhaite discuter des défis régionaux communs tels que "la menace terroriste, la guerre en Afghanistan, les relations avec l'Iran, et l'objectif partagé d'une paix durable entre Israël et ses voisins." La Turquie est une alliée d'Israël et joue les intermédiaires dans des négociations entre l'Etat hébreu et la Syrie, et partage des frontières avec l'Irak et l'Iran.

Lors de sa tournée, M. Obama a réclamé de ses alliés l'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, où la Turquie a 900 hommes. Ankara ne souhaite pas pour l'instant aller au delà. Un impressionnant dispositif de sécurité a été mis en place à l'occasion de la visite d'Obama. 4.000 policiers sont à pied d'oeuvre dans la capitale alors que près de 9.000 autres doivent assurer la sécurité à Istanbul, littéralement en état de siège, où plusieurs artères ont été fermées.