Avec les chrétiens d'Irak.  "La Libre" consacre toute cette semaine à la situation des chrétiens en Irak, persécutés par les islamistes radicaux. À l'occasion d'une visite sur place de trois évêques belges, notre envoyé spécial est parti à la rencontre d'une communauté qui résiste comme elle peut.


Les évêques belges estiment que les chrétiens doivent rester en Irak “sans désir de convertir” mais avec “la mission de servir ce pays”. C'est leur conclusion, lundi, au terme d'une visite de quatre jours dans le Kurdistan irakien. Guy Harpigny, évêque de Tournai, Jozef De Kesel, évêque de Bruges, et Leon Lemmens, évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles, étaient mandatés par la conférence épiscopale.

C'était la première fois dans l'histoire de l'Eglise catholique belge qu'elle dépêchait une délégation à proximité immédiate d'un conflit militaire. Escortés par des peshmergas kurdes, ils ont notamment rendu visite au monastère syriaque orthodoxe de Mar Mattay, à six kilomètres de la ligne de front avec l'Etat islamique (Daech). Ses moines n'avaient pas vu de délégation étrangère depuis des années, à l'exception de leur patriarche basé à Damas.

Le Kurdistan est une région autonome au nord-est de l'Irak qui héberge plus d'1,8 million de réfugiés ayant fui le conflit entre sunnites et chiites ou l'offensive de Daech il y a plus d'un an.

Parmi ceux-ci, les chrétiens et les yézidis sont les plus vulnérables car ils ne peuvent aller nulle part ailleurs, ayant été chassés de leurs terres ancestrales. “Ou bien on crée des zones où ils peuvent vivre, ou bien il faut se préparer à accueillir des centaines de milliers de personnes”, avertit l'évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles, Léon Lemmens, spécialiste des chrétiens d'Orient.

“Ils ont besoin de paternité, de soutien et d'aide. Les chrétiens, mais aussi l'Occident et l'Europe doivent exercer cette paternité”, continue l'évêque. “Il faut rompre cette indifférence qui fait que le budget du Haut-commissariat aux Réfugiés de l'Onu (UNHCR) a été diminué de moitié. Evidemment, maintenant, on se réveille parce qu'ils viennent chez nous et parce qu'on a pas envie qu'ils viennent...”.

Lors de leur voyage, les trois évêques ont été confrontés à des réfugiés chrétiens souhaitant partir à tout prix et à leurs responsables religieux qui tentent de préserver une présence dans ce pays. Rappelons que l'ancrage chrétien en Irak, entre le Tigre et l'Euphrate, date du premier siècle après Jésus-Christ quand les Assyriens ont adopté le christianisme. Il est antérieur à l'islam introduit lors de la conquête arabo-musulmane aux VIIè et VIIIè siècles.

“Ce n'est pas à moi à dire ce qu'ils doivent faire”, dit Guy Harpigny. “Le patriarche chaldéen a ses priorités. Les parents ont d'autres soucis et pensent à l'avenir de leurs enfants. Mais ce serait une perte immense de multiculturalité de voir partir les chrétiens d'ici. L'idéal, à terme, serait que le Moyen-Orient adopte la séparation entre l'Eglise et l'Etat comme en Europe. Pour le moment, je crois qu'on peut s'inspirer de l'exemple des Dominicains à Bagdad qui n'ont plus mis de signes confessionnels dans leurs écoles, ouvertes à tous”. C'est l'avis également de Jozef De Kesel. “Il faut être présent dans ce pays, sans désir de convertir”, dit-il. “Plutôt que de parler de survie, parlons d'une mission: notre volonté n'est pas de conquérir mais d'être présent. Il est très important qu'il y ait un autre chemin vers Dieu. Il faut garantir cette diversité”.

Les chrétiens ne seraient plus que 400 000 aujourd'hui en Irak contre un million en l'an 2000.