Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont accusé de trahison les gardiens de leurs quinze otages qui ont retrouvé la liberté dont Ingrid Betancourt, selon un communiqué rendu public vendredi par l'état-major du mouvement rebelle. "La fuite des 15 prisonniers de guerre, le mercredi 2 juillet, a été la conséquence directe de la conduite méprisable de Cesar et d'+Enrique+ qui ont trahi leur engagement révolutionnaire et la confiance qui leur a été accordée", affirme le communiqué des Farc daté du 5 juillet et rendu public sur le site internet de l'Agence bolivarienne de presse (proche de la guérilla).

Gerardo Aguilar, alias "Cesar", et Alexander Farfan, alias "Enrique" ou "Gafas" (lunettes), étaient les deux principaux responsables des Farc chargés de surveiller les otages. Ils ont été fait prisonniers lors d'une opération militaire héliportée colombienne et doivent être prochainement extradés aux Etats-Unis.

"Indépendamment de cet épisode, inhérent à toute confrontation politique et militaire qui connaît des victoire et des échecs, notre politique pour parvenir à des accords humanitaires est toujours en vigueur. En poursuivant la libération par des voies militaires comme unique moyen, le gouvernement devra assumer les conséquences de cette téméraire et aventureuse décision", déclare le communiqué des Farc. La Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, trois Américains et onze militaires colombiens ont retrouvé la liberté le 2 juillet lors d'une opération héliportée d'un commando de l'armée colombienne. Il s'agit de la première réaction de la guérilla depuis la libération des 15 otages.

Vendredi dernier, la Radio suisse romande (RSR) avait affirmé que des membres des Farc avaient touché quelque 20 millions de dollars pour libérer les otages, dont Ingrid Betancourt. Bogota avait alors immédiatement et fermement démenti. Le lendemain Ingrid Betancourt avait déclaré que, pour elle, le commandant Enrique qui la détenait n'avait pas été "acheté". "C'était un homme d'une méchanceté et d'une cruauté vraiment spéciale. Je l'ai profondément connu", avait-elle expliqué à une chaîne de télévision française. "Lorsque je l'ai vu poings et pieds liés au sol avec les yeux bandés, l'expression de son visage, de sa bouche, ce n'est pas quelqu'un qu'on a acheté. Il était humilié", avait-elle assuré.

En revanche, son ex-mari Fabrice Delloye n'excluait pas une telle éventualité. "Il n'est pas exclu qu'il y ait eu un accord avec des membres des Farc qui auraient négocié en secret leur reddition mais rien ne le prouve. La thèse officielle selon laquelle Bogota a tout simplement berné les guérilleros sans aucune contrepartie est très plausible", avait-il déclaré à l'AFP.

"Les Colombiens nous avaient prévenus il y a quatre mois qu'ils étaient en train d'infiltrer un front des Farc", avait-il ajouté. "Nous savions que les Colombiens tentaient d'infiltrer les guérilleros et qu'ils travaillaient sur Cesar", avaient confié des sources françaises proches du dossier. Son épouse avait été arrêtée en février. En tout cas, le gouvernement américain a officiellement demandé mercredi à la Colombie l'extradition des deux guérilleros pour "séquestration et terrorisme" mais aussi pour trafic de drogue.