Le journal français Le Monde a mis la main sur le compte rendu des auditions des femmes Kouachi. Les témoignages d'Izzana, Soumya et Aïcha, veuves et sœur des terroristes coupables de l'attaque meurtrière du journal satirique français Charlie Hebdo , mettent en avant l'incompréhension complète de ces femmes face aux actes des frères Kouachi.

Lors de sa garde à vue au 36 quai des Orfèvres, Izzana Kouachi, femme de Chérif Kouachi, la jeune femme met un moment à glisser du déni au "cauchemar" selon les enquêteurs. "J'ai l'impression que tout cela est irréel. J'ai l'impression que je fais un cauchemar et que je vais finir par me réveiller", déclare-t-elle. Sa garde à vue s’achèvera dans les larmes lorsqu'elle apprendra la mort de son mari une poignée d'heures plus tard.

Soumya Kouachi, femme de Saïd, se retrouve dans la même situation à quelques centaines de kilomètres de là, à Reims. Elle n'y croit pas non plus et passe également par une phase de déni. Son mari n'a pas pu se transformer en monstre. "Imaginez que la personne avec qui vous vivez, vous vous réveillez chaque matin, vous rigolez, vous jouez, a pu tuer douze personnes ; c'est impossible" déclare-t-elle aux policiers lors de l'interrogatoire. Elle explique comment Saïd est parti rejoindre son frère à Genevilliers le 7 janvier au matin alors qu'il était encore malade, victime d'une gastro-entérite. Et après ? Plus rien, plus de nouvelles. Saïd ne reviendra jamais, la laissant seule avec son fils atteint de sclérose en plaques. Et s'il avait été trop malade pour prendre le train ce jour-là... Ce drame innommable aurait-il eu lieu ?

Quant à Aïcha, leur sœur, elle ne peut empêcher ses larmes de monter. Une fois encore, c'est la consternation et l'incompréhension qui prédominent : "Non, on ne tue pas pour un dessin, il a pensé qu'à sa gueule Chérif, il m'a appelée trois jours avant, c'est hypocrite. Saïd n'a pas pensé à sa femme."


"Ils ont basculé dans une vision sectaire de l'islam, c'est sûr"

Comme le souligne Le Monde, la jeune femme de 33 ans évoque aussi le glissement de Kouachi vers le fondamentalisme. Selon elle, le terme "radical est péjoratif", les frères Kouachi étaient plus du genre "sectaires", avant de poursuivre : "Ils ont basculé dans une vision sectaire de l'islam, c'est sûr. Ils étaient très racistes envers tous ceux qui n'étaient pas des musulmans et arabes."

Selon leur "mère de substitution", comme elle s'est qualifiée lors de son audition, Chérif aurait basculé en premier dans l'intégrisme. "Il est différent de nous, il cherche une figure paternelle. Il a besoin d'être dirigé, tenu par la main", ajoute Aïcha. Pourtant, Izzana, la veuve de Chérif Kouachi, explique qu'elle et lui pratiquaient un "islam tout à fait normal". 

Une autre femme, dont on ignore le nom et âgée de 20 ans, s'est rendue à la police au lendemain de l'attaque. Elle s'est présentée comme étant la demie-sœur des terroristes. Elle témoigne du sectarisme de ces derniers : "Je me souviens de pas mal de coups de fil de leur part quand j'avais 9-10 ans pour me dire qu'il fallait que je devienne musulmane. Ils menaçaient de faire sauter la maison de mes parents si je ne faisais pas ce qu'ils me demandaient (…) Quand je suis devenue majeure, ils voulaient me récupérer pour que j'habite avec eux. J'ai toujours refusé. Parce que je savais qu'ils étaient à fond dans la religion et moi je ne voulais pas y entrer. Je mange du porc et je savais que si j'entrais dans ce truc ça allait mal se passer".