Les femmes entrent en force au premier Parlement sorti des urnes à l’issue des premières élections irakiennes générales en plus de cinquante ans, avec quelque 86 des 275 sièges selon les projections, profitant d’une disposition imposant leur présence sur les listes électorales.

La loi fondamentale, constitution provisoire adoptée en mars 2004 par le Conseil de gouvernement (le premier exécutif de l’après-Saddam Hussein), stipule en effet que les femmes doivent représenter au moins 25 pc des 275 députés de l’Assemblée nationale transitoire.

Cette décision a obligé les listes, qui ont participé aux législatives du 30 janvier, à placer une femme pour chaque trois candidats. Les résultats définitifs donneraient donc 31% des sièges du Parlement aux femmes, une réalisation de taille quand on sait qu’elles ont dû batailler pour obtenir un quart des sièges.

Selon des calculs d’experts, 46 femmes font ainsi partie des 140 élus de la liste chiite victorieuse parrainée par le grand ayatollah Ali Sistani.

«Ces chiffres ne peuvent que nous rendre heureuses car l’Irakienne a commencé à prendre une place importante sur la scène politique », affirme Janane al-Obeïdi, députée de la liste religieuse de l’Alliance unifiée irakienne.

«Mais ce succès impose aussi une grande responsabilité aux élues en général, et encore plus à celles de notre liste car l’islam est accusé d’ignorer les droits des femmes », dit cette candidate de la liste formée par des partis chiites ultra-conservateurs.

«Notre réussite prouve le contraire et montre l’importance accordée (par ces partis) aux femmes », conclut Mme Obeïdi.

Des candidates laïques et des associations féminines avaient exprimé leur crainte que la victoire des conservateurs n’entraîne une dégradation de la situation de la femme en Irak, surtout qu’ils avaient déjà poussé en faveur de lois limitant ses droits civiques.

Mme Obeïdi tend cependant la main aux autres élues pour promouvoir le rôle de la femme. «Nous allons commencer par la mise en place d’un groupe féminin fort au sein de l’Alliance puis nous choisirons une représentante qui établira le dialogue avec les députées des autres listes », explique-t-elle.

Des élues laïques veulent aussi entamer un dialogue pour contrecarrer tout projet de loi anti-féminin.

«Il est de notre devoir de nous unir afin de servir la cause des femmes en Irak, pour que toutes obtiennent leurs droits, celles qui sont dans la politique comme les analphabètes ou les femmes au foyer », dit Rozida Abdelkader Charif, une élue de la liste de l’Alliance kurde qui devrait donner 27 de ses 75 sièges à des femmes.

«Même au sein du Conseil national (provisoire mis en place en août 2004), les femmes faisaient bloc pour défendre leur cause au delà de leur appartenance politique ou communautaire », assure-t-elle.

«Nous sommes alliées et unies, et nous devons le rester », lance de son côté Lamia al-Sadri, l’une des 15 élues de la liste du Premier ministre sortant Iyad Allaoui.

«Nous prouverons que la femme est capable et surtout indépendante », affirme-t-elle.

L’indépendance de ces élues par rapport à leurs listes et à leurs partis reste à prouver, dans une société où la structure tribale très forte laisse peu de place aux tentations d’individualisme féminin.

«Nous devons tous oeuvrer pour donner aux femmes un rôle effectif au sein de l’Assemblée nationale et les hommes doivent les aider dans ce sens », déclare l’élu kurde Mahmoud Othmane.

Il reconnaît cependant que cette «expérience est nouvelle » et que les hommes devront déployer des efforts particuliers pour que la présence de la femme au Parlement ne soit pas un décor.