Ce week-end, apprenez à connaître nos voisins français à travers 40 pages spéciales dans le supplément "Quid" !


Entre sa gastronomie, sa culture, son patrimoine, sa langue et ses paysages, la France ne manque pas d’atouts pour faire la fierté de ses concitoyens. Une fierté qui dépasse ses frontières mais qui peut parfois agacer. "Quid", le supplément week-end de La Libre, a cherché à savoir ce qui fait que, parfois, nos voisins se perçoivent comme le centre du monde.

Politologue à l’Université catholique de Louvain (UCL), Vincent Laborderie est français. Il vit en Belgique "sans discontinuer" depuis 2007 et retourne régulièrement sur sa terre natale. Il a donc un pied de chaque côté de la frontière. A l’aube de ce second tour historique des élections françaises, "Quid" lui a demandé comment il voyait la France et les Français.

Plus que toute autre nation européenne (par exemple, l’Allemagne), la France fascine. Pourquoi ?

Il y a d’abord une question d’histoire. Très peu d’Etats européens sont aussi vieux que la France. La Grande-Bretagne, l’Espagne et la France ont une continuité historique qui diffusent une culture, une langue au niveau mondial. Ensuite, il y a la langue française. Officiellement, le français est la langue de la diplomatie. Et puis - je ne vais pas être très original -, il y a la culture française, qui est fondamentale. Enfin, il y a Paris, qui est parfois plus connue que la France.

Pendant le XIXe siècle et la première partie du XXe, en Europe, le pouvoir était à Londres tandis que la culture et le raffinement étaient à Paris. Aujourd’hui, la France représente donc toujours ce raffinement, cette excellence un peu élitiste, qui a pu la desservir et qui la dessert toujours aujourd’hui, avec une image d’arrogance. En tout cas, il y a cette aura. Au-delà, les dirigeants français, quels qu’ils soient, ont toujours voulu laisser une trace dans l’histoire. Quand on va à Paris, on peut visiter Versailles, la bibliothèque François Mitterrand, le Centre Georges Pompidou,… Il y a donc des strates historiques qui se surajoutent les unes aux autres et qui font qu’il y a une culture globale extrêmement forte.

De nombreux présidents ont marqué la politique française et internationale. La France a-t-elle toujours ce rôle de leader sur l’échiquier européen et mondial ?

Au niveau international, la France reste un référent en termes diplomatiques. Mais sur le temps long, l’influence française a beaucoup diminué, en particulier en Europe. Avant, c’était le couple franco-allemand et là, en particulier pendant le quinquennat de François Hollande, la France a perdu beaucoup en influence, ce qui n’est pas sans lien avec le surplace de l’UE. Aujourd’hui, les puissances mondiales sont les Etats-Unis, la Chine, la Russie et l’Allemagne avec Angela Merkel, qui est très clairement le leader en Europe.

Historiquement, les Français sont un peuple qui n’a pas hésité à couper la tête de son roi (Louis XVI) et de sa reine (Marie-Antoinette). C’est un peuple vindicatif et politiquement engagé. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Oui, sur l’engagement politique, rien n’a changé. Et cela a été l’erreur de certains de penser qu’en voyant tout ce qui se passait, les Français allaient se désintéresser de la politique. Or, cela n’a pas du tout été le cas pendant la campagne électorale : il y a eu des participations énormes aux primaires de droite et du centre, et une grosse participation à la primaire de la gauche; on a aussi vu des gens s’engager aux côtés de Mélenchon et Macron. Pour moi, les Français et la politique, c’est un peu comme les Brésiliens et le football ; c’est leur truc, ils en parlent tout le temps, c’est un peu comme une seconde nature. En ce qui concerne le guillotinage, rappelons que les Français n’ont guillotiné qu’un seul roi, même si cela a fait du bruit. Toutefois, il y a quelque chose qui est pérenne. Napoléon disait : "C’est difficile de diriger un peuple pour qui un jour d’émeute est un jour de fête". Et c’est vrai. Il y a, chez les Français, un côté "manif" et festif. C’est dans la nature des choses et cela n’a pas changé non plus. En outre, il y a effectivement un aspect "violence politique" ou, du moins, à la limite de la violence - voyez Fillon qui s’est fait enfariner. On ne verrait ça ni en Belgique ni en Allemagne ni en Angleterre car il y a en France une passion politique très très forte, qui peut devenir agressive. Certes, il y a en France et en Belgique à peu près la même distance, le même "dégoût" pour le monde politique, sauf que la réaction n’est pas la même : en Belgique, c’est plutôt un désintérêt alors qu’en France, on ne laisse pas faire, il y a toujours une volonté d’engagement.

Vous l’avez dit, la France a cette aura et les Français sont fiers de leur pays. Au point qu’ils sont souvent taxés de "chauvins".

C’est très vrai. Simplement, la nuance, c’est qu’ils sont loin d’être les seuls. Ils ne sont pas plus chauvins que les Anglais, les Espagnols ou les Hollandais. Comparés aux Belges, oui, ils sont chauvins, ça, c’est sûr. Mais il y a toujours un petit paradoxe. Quand je rentre en France, je suis amusé d’entendre des gens qui ont un discours très négatif sur l’état de la France mais qui en même temps disent que la France est super et fantastique. Encore une fois, je pense que les Français ne sont pas les seuls à vivre ce paradoxe.

A contrario, les Belges cultivent un sentiment d’infériorité par rapport à leurs voisins français…

C’est très clair. Mais la limite que je donne à cela, c’est que c’est vrai pour les Belges francophones. Pour les Flamands, c’est complètement différent. Depuis 20-30 ans, la Flandre a réussi à développer une culture, une production culturelle, une société propres. Quand on est un artiste en Flandre, on peut y faire carrière puis partir à l’international, réaliser des films à Hollywood, etc. Par contre, en Belgique francophone, on n’a jamais réussi à faire ça. Est-ce une question de masse critique, de manque d’investissement des pouvoirs publics dans les artistes locaux,…? Le complexe d’infériorité des Belges par rapport aux Français est vrai, mais pas juste. C’est dommage et sans fondement, mais c’est une réalité en Belgique francophone.

Pouvez-vous décrire la France d’aujourd’hui en quelques qualificatifs ?

Ah ! C’est une question difficile. Je dirais qu’elle est un peu déprimée et indécise, à un tournant (NdlR : politique) et un peu déboussolée.


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