L’économie européenne est en crise. Sa démographie aussi : le taux de fertilité moyen est actuellement inférieur à deux enfants par femme, seuil requis pour le remplacement naturel d’une population, que l’Union atteignait largement en 1970.

Les femmes européennes ont donc en moyenne moins d’enfants qu’il y a cinquante ans. Une réalité valable pour une majorité des Etats membres, à l’exception de la Grande-Bretagne, où le taux a augmenté. Les chutes les plus marquées sont observées en Irlande et au Portugal, où les femmes ont environ moitié moins d’enfants qu’en 1970 - deux pays qui connaissent des turbulences économiques depuis quelques années. Un constat qui pose question : les fluctuations économiques pourraient-elles avoir une influence sur la volonté des couples de donner naissance ?

En se basant sur la dernière crise économique en date, des réponses s’esquissent. Depuis 2009, la courbe de la fécondité des pays européens a pris un nouveau virage, vers le bas. La moyenne a recommencé à chuter, alors qu’elle augmentait très légèrement depuis 2002.

Alors, la crise économique influence-t-elle les futurs parents? En observant l’évolution de plus près, par Etat, le lien de cause à effet ne semble pas si évident. Les pays les plus touchés par la crise ne sont pas forcément les moins féconds. Pour preuve, l’Espagne, où la baisse est très faible : de 1,39, elle passe à 1,36 enfant par femme. En Irlande, le taux est resté stable - autour de 2 - contrairement à son économie turbulente. En Grèce, en revanche, après une nette augmentation en 2009, le taux a chuté d’un dixième, passant de 1,50 à 1,38 de moyenne. Enfin, la Belgique, où les dégâts provoqués par la crise n’ont pas été aussi violents, la natalité par femme a baissé, plus encore qu’en Grèce.

Quelles influences ?

Une étude du démographe Dimiter Philipov tend à expliquer ces divergences entre les réactions du taux de fertilité à la crise économique. On y apprend que la volonté d’avoir un enfant est influencée par trois grands facteurs : la prédisposition d’une personne à vouloir ou non donner naissance, l’opinion de ses proches - amis et familles - à ce sujet et, enfin, sa capacité à subvenir aux besoins que cette décision implique - un revenu salarial conséquent, par exemple. Ce n’est qu’au niveau de ce troisième facteur que l’économie entre en ligne de compte : l’instabilité socio-économique d’un Etat peut pousser des individus à reporter leur projet à plus tard. Ainsi, statistiquement, un Néerlandais fera aboutir son envie d’avoir un enfant plus rapidement qu’un Bulgare. L’influence de l’économie sur le taux de fertilité est donc inégale.

Les risques engendrés par une telle baisse sont, eux, similaires : la population vieillira. " Dans vingt-vingt-cinq ans, il y aura moins de personnes qualifiées disponibles sur le marché du travail. Généralement, les pays avec un fort taux de fertilité (autour de 1,8 par femme) sont mieux préparés à leur vieillissement que les pays où ce taux est bas (autour de 1,4). Même des flux d’immigration importants ne permettent pas d’inverser cette tendance, d’autant plus que beaucoup de migrants ne disposent pas des qualifications dont le marché de l’UE a besoin" , a prévenu la Commission européenne. Si l’économie n’influence pas toujours la fertilité, la fertilité risque d’influencer l’économie.

L.R. (st.)