Le leader socialiste Evangélos Vénizélos a lancé un avertissement clair à l'égard de ses électeurs lors de son ultime meeting de campagne à Athènes : "dimanche, chaque citoyen qui veut rester en Europe et dans l'euro devra soutenir le Pasok dans les urnes", a-t-il lancé sur la place du parlement, théâtre des manifestations anti-austérité.

Les socialistes sont les seuls à offrir une politique "réaliste" et "responsable" permettant de garantir l'avenir de la Grèce dans l'euro, a-t-il déclaré, mettant en avant l'expérience des négociations avec les créanciers du pays acquise par le Pasok depuis son arrivée au pouvoir, fin 2009, juste avant la déflagration de la crise de la dette.

Fort de ces arguments, il a battu le rappel des électeurs "déçus", "désabusés" ou "indécis". Ces derniers sont estimés à un quart du corps électoral par les derniers sondages parus il y a deux semaines (les enquêtes d'opinion étant interdites depuis le 27 avril).

Vers une poussée des extrêmes ?

L'autre phénomène remarquable de la campagne est la percée de nombreux petits partis. Une dizaine au total pourraient faire leur entrée au Parlement, soit le double que dans l'assemblée précédente.

Parmi eux figurent le parti néo-nazi de l'Aube dorée. Le patron des socialistes a appelé vendredi les électeurs à "refuser" leur arrivée parmi les députés, à "refuser la fascisation de la société" et "la nostalgie de la dictature". La Nouvelle Démocratie d'Antonis Samaras est créditée de 25% des intentions de vote, suivi par le Pasok avec moins de 20%.

Si M. Vénizélos est partant pour un nouveau gouvernement de coalition, au vu des bas scores attendus du Pasok et de la ND par rapport au scrutin de 2009 (43,9% et 33,4% respectivement), M. Samaras aspire au retour de la droite "seule" au gouvernement. Il s'oppose à "une coopération avec le Pasok".

Opposé initialement au plan d'assainissement et à la rigueur imposée au pays depuis 2010 par ses créanciers (BCE, UE et FMI), le leader de la droite, contraint de co-gouverner avec les socialistes depuis novembre, se prévaut maintenant de sa participation à ce gouvernement de coalition.

Ces six derniers mois, le gouvernement grec, sous l'égide de l'ancien vice-président de la BCE, Lucas Papademos, a négocié un deuxième prêt international et l'effacement de 106 milliards de dette souveraine. Evangélos Vénizélos, qui fut le ministre socialiste des Finances avant d'être élu à la tête du Pasok il y a juste un mois, ne cesse de rappeler l'opposition "stérile" de la droite aux mesures dictées par l'UE et le FMI au début de la crise.

Il a souligné vendredi dans un entretien au quotidien Ethnos que "le vote de dimanche n'est pas un vote de protestation, mais un vote d'importance déterminante", qui ne doit pas se transformer en "auto-sanction pour la patrie et les citoyens".

Une refonte du paysage politique grec

Face au discrédit des deux piliers du bipartisme qui a dominé le paysage politique grec depuis 38 ans et les nouvelles économies budgétaires de 11,5 milliards d'euros à trouver d'ici juin pour 2013-2014, l'électorat se tourne vers les petits partis anti-rigueur allant de la gauche radicale Syriza --qui pourrait voir son score plus que doubler par rapport à ses 4,8% de 2009-- aux mouvements d'extrême-droite.

Les communistes du KKE, à la troisième place au parlement actuellement, devraient gagner sur leur score de 7,3% en 2009 tandis que le nouveau parti pro-européen Gauche démocratique (Dimar), une faction de Syriza proche du Pasok, est crédité de 5 à 9%. Dimar pourrait jouer un rôle clé au lendemain du scrutin, au cas où la droite et le Pasok n'arrivent pas à avoir des voix suffisantes pour former un gouvernement de coalition.

A droite, le tout nouveau parti populiste "Grecs Indépendants", créé par un dissident de la droite, Panos Kammenos, opérerait une percée le faisant entrer au parlement tandis que le mécontentement et la question de l'immigration propulserait aussi sur les bancs de la chambre le parti néo-nazi Chryssi Avghi, crédité de jusqu'à 5% des voix.

Le parti d'extrême droite Laos et à gauche, les Ecolos-Verts compléteraient la carte parlementaire.