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Ils avaient surpris l'Espagne, et le monde, en surgissant pour dénoncer la crise, la corruption et un chômage record. A l'occasion de leur 1er anniversaire, les "indignés" veulent reprendre la rue du 12 au 15 mai et contredire ainsi ceux qui les accusent d'avoir disparu.

"Unis pour un changement global

Sous le slogan "Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des politiques et des banquiers", des manifestations sont convoquées dans environ 80 villes d'Espagne le 12 mai, dont Madrid et Barcelone.

Des rassemblements sont également prévus hors des frontières espagnoles ce jour-là, surtout en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique latine, sous le mot d'ordre "Unis pour un changement global".

A Madrid, les manifestants prévoient de poursuivre la mobilisation en organisant des assemblées thématiques tous les jours jusqu'au 15 mai, dont une "permanente" qui devrait s'installer sur la Puerta del Sol.

C'est sur cette place, au coeur de la capitale, qu'avait éclos un campement il y a un an, véritable ville champignon surgie après une manifestation convoquée sur internet par un collectif de citoyens alors méconnu, Democracia Real Ya (DRY).

Pendant un mois, cet amas de tentes et de bâches en plastique était devenu le symbole d'un ras-le-bol qui avait surpris un pays où, malgré la crise, le mécontentement s'était jusque-là peu exprimé.

Cette année, les autorités ont autorisé des rassemblements temporaires du 12 au 15 mai sur la Puerta del Sol. Mais la tension plane autour de l'éventualité que certains décident d'y camper.

Une perte d'influence?

Reste le doute pesant sur l'ampleur que prendra cette fois la mobilisation en Espagne.

Le taux de chômage vient d'atteindre un nouveau record, avec un actif sur quatre (24,4%) sans emploi.

Le gouvernement conservateur a lui présenté le budget le plus austère de son histoire et ordonné de lourdes coupes dans les secteurs sensibles de la santé et de l'éducation.

Un terrain fertile, a priori, pour que l'anniversaire du mouvement soit un succès. Mais à la différence d'il y a un an, les rues d'Espagne vibrent désormais presque chaque semaine au rythme de nombreuses manifestations convoquées par les syndicats contre la rigueur.Les "indignés" pourraient être noyés dans ce flot de mobilisations, d'autant qu'ils ont déjà perdu en visibilité.

"Le mouvement est toujours là, mais il n'est plus dans la rue: il est sur internet, sur les réseaux sociaux", explique Noelia Moreno, 30 ans.

"Faute d'avoir une tête visible, il s'est dilué aux yeux de l'opinion publique et des médias", admet cependant cette chômeuse qui s'était précipitée à Madrid depuis Pampelune (nord) le 16 mai, pour s'installer dans le campement improvisé.

Répondant à une structure horizontale, refusant de s'affilier à un parti, les "indignés" n'ont pas su "structurer un mécontentement sans idéologie concrète", analyse Antonio Alamino, professeur de sociologie à l'Université d'Alicante. "Résultat: beaucoup de petits groupes relativement déconnectés entre eux qui ne forment plus un mouvement social", ajoute-t-il.

Les "indignés" affichent toutefois une réussite concrète: avoir insufflé une nouvelle force à la Plateforme contre les expulsions (PAH), qui lutte depuis 2009 contre les saisies d'appartements de familles surendettées. Symbole de la crise en Espagne depuis l'éclatement de la bulle immobilière, ces saisies ont été bloquées ou retardées à des dizaines d'occasions sous la pression des militants.