Stress en cabines. Alors que l'Union européenne fonctionne depuis mai 2004 avec 20 langues officielles - et devrait voir, à terme, le Roumain, le Bulgare, le Turc et d'autres idiomes s'ajouter à cette panoplie -, les capacités d'accueil pour des cabines d'interprètes dans les salles de réunion arrivent à saturation.

Certaines salles de réunion ne disposent même pas des vingt cabines requises. « Que va-t-on faire? », interroge Michel Lesseigne, vice-président de l'Aiic, l'Association internationale des interprètes de conférence et interprète au Parlement européen. « D'autant qu'une myriade d'Etats balkaniques est appelée à rejoindre la bannière de l'Union. Et tous ont leur propre langue ». Un millier d'interprètes travaillent pour les institutions européennes, un staff autour duquel gravitent encore quelque 2700 interprètes «freelance». Bruxelles est, et de loin, la capitale mondiale de l'interprétation.

« L'ajout des nouvelles langues pose des problèmes concrets, relève Jennifer Mackintosh, présidente de l'Aiic. L'une des pistes, pour endiguer l'inflation de la taille des salles de réunion, est de recourir à la téléinterprétation. En clair, l'interprète n'a plus une vue directe sur la réunion dont il a la charge. Mais « nos règles nous imposent de voir directement les délégués en salle, précise Jennifer Mackintosh. Toute la gestuelle qui accompagne la parole nous aide énormément à comprendre quelle est l'intention de l'orateur, à qui il s'adresse notamment: c'est extrêmement important. Tout cela disparaîtrait! » Donc, « nous voulons étudier les conséquences de ces changements avant de les accepter», termine Jennifer Mackintosh.

Transmissions cryptées

Des conditions de travail strictes encadrent l'interprétariat, une profession où le facteur stress est habituellement très important. Or, les tests de téléinterprétation effectués dans les institutions européennes en 2004 - et dont les résultats définitifs sont connus depuis peu - révèlent que le stress ressenti par les interprètes lorsqu'ils se retrouvent hors des salles de réunion est encore bien plus important. «

La différence est énorme », observe Ian Andersen, un responsable à la Commission européenne.

Les standards technologiques actuels permettent une retransmission de haute qualité, y compris au niveau de la synchronisation de l'image et du son. Mais « l'interprète effectue un scanning constant de la salle, souligne Ian Andersen. Et même avec la meilleure régie, il y aura toujours une différence, un décalage, entre l'image reçue sur un moniteur et l'image qu'il désire voir à un moment précis ». Impossible de reproduire une boutade ou la tension d'une discussion politique sur un téléviseur: « La discussion va s'ouvrir mais la téléinterprétation n'est certainement pas la panacée », achève Ian Andersen.

Enfin, se pose le délicat problème de la sécurisation des transmissions entre des interprètes placés dans des bâtiments autres que ceux où se dérouleraient les réunions et les délégués. Les communications devraient nécessairement être cryptées.

© La Libre Belgique 2006