Il ne suffit pas de prier mais il faut dialoguer et combattre trop de préjugés. Depuis le rendez-vous donné en 1986 par Jean-Paul II aux grands leaders religieux mondiaux à Assise pour se mobiliser ensemble pour la paix, la Communauté de Sant’Egidio organise un rendez-vous annuel qui persévère dans cette voie. C’est peu dire que celui de 2014 qui s’est déroulé de dimanche à mardi à Anvers dans le contexte des cents ans de 14-18 a été dominé par les bruits de canon des conflits de l’heure, du Moyen-Orient à l’Ukraine en passant par l’Afrique.

Pas de vrais croyants musulmans

Et ici, on ne s’est pas focalisé par hasard sur l’islamisme dont certains se revendiquent pour tuer. Pour les musulmans de conviction de toutes origines présents, il ne s’agit en aucune manière de justifier mais de montrer que ceux qui se battent soi-disant au nom d’Allah abusent l’opinion et davantage encore les vrais musulmans. Depuis le début de la rencontre, dans les tables rondes et dans les rencontres informelles, diverses voix autorisées de l’Islam l’ont dit et redit. Du Grand Mufti d’Egypte, Shawki Ibrahim Abdel-Karim Allam à Sayyed Mohamed Ali Abtahi, président du dialogue interreligieux en Iran en passant par Muammar Faisal, du centre interreligieux d’Arabie saoudite, le message est clair : la dimension religieuse du califat islamique n’a pas de jutification religieuse. Pire : il est hostile à ceux qui professent la foi fondamentale.

Mais ces extrémistes radicaux profitent de la grande misère et de l’analphabétisme qui caractérisent encore trop de pays de l’hémisphère sud.

Et recyclent dès lors que trop facilement les antagonismes d’antan lorsqu’ils renvoient aux croisades, à la colonisation ou lorsqu’ils intrumentalisent le conflit israélo-palestinien. Mais comme l’ont souligné plusieurs témoins, les médias comme certains penseurs obsédés par un soi-disant choc des civilisations portent aussi une lourde responsabilité depuis qu’ils présentent systématiquement les musulmans comme des terroristes potentiels.

Pourtant, l’angélisme n’était pas de mise non plus dans les débats. Dont on retiendra quand même qu’il ne faut pas généraliser à tout crin. Originellement, le Jihad a un sens spirituel fort mais n’est pas un appel à tuer.

Même s’ils n’étaient forcément pas dans la salle, l’on a aussi beaucoup pensé à tous ces jeunes d’ici et d’autres pays occidentaux qui ont choisi d’aller se battre au Moyen-Orient. Jusqu’au paroxysme puisque de jeunes musulmans se font éliminer par d’autres musulmans.

Les jeunes Anversois se sont parlé

Pour combattre cela, les organisateurs anversois ont eu la bonne idée de doubler les rencontres d’une journée pour les jeunes. Contre toute attente, des centaines de jeunes Anversois de tous bords et de toutes origines ont répondu à l’appel et montré concrètement que le vivre ensemble reste possible.

Andrea Riccardi, en tirant un premier bilan des rencontres, ne s’y est pas trompé : pour le fondateur de Sant’Egidio, "le dialogue doit commencer à l’école primaire et dans le métro, pas à l’université… Mais les religions ont aussi un rôle essentiel à remplir : elles doivent se rencontrer souvent, très souvent et mettre en exergue leur centralité. Et surtout ne jamais être seules à prétendre avoir la vérité définitive" . Enfin, il a invité l’Europe, qui a su créer la paix après deux horribles guerres, à se remobiliser pour elle partout ailleurs…