Les gouvernements français et américain ont affirmé jeudi ne disposer d'aucune information sur un projet d'attentats visant des métros aux Etats-Unis et à Paris, qui aurait été évoqué, selon des médias américains, par le Premier ministre irakien Haïdar al-Abadi.

"Les services de renseignement français ne disposent à cette heure d'aucun élément permettant de confirmer les propos tenus aujourd'hui par le Premier Ministre irakien concernant des menaces contre le métro", a déclaré dans un communiqué le secrétariat général à la défense et à la sécurité nationale (SGDSN), qui dépend de Matignon.

Selon le gouvernement français, les mesures renforcées de prévention et de vigilance "contre les risques terroristes" annoncées jeudi "l'ont été indépendamment et préalablement à ces déclarations". Les ressortissants français et américains ont été visés, avec tous les membres de la coalition internationale opposée au groupe Etat islamique, par un appel au meurtre lancé en début de semaine par cette organisation jihadiste.

Même message à Washington: "Personne au sein du gouvernement américain n'est au courant d'un tel complot et cela n'a pas été évoqué lors de nos rencontres avec les responsables irakiens ici à New York", a dit un haut responsable américain sous couvert d'anonymat.

"Nous avons vu des articles sur les propos du Premier ministre Abadi. Nous n'avons pas confirmé un tel complot et aurions besoin d'examiner toute information de la part de nos partenaires irakiens avant de nous prononcer", a déclaré pour sa part Caitlin Hayden, porte-parole du Conseil de sécurité nationale.

Selon des médias américains, le Premier ministre irakien a affirmé jeudi matin, lors d'une rencontre avec des journalistes en marge de l'assemblée générale de l'ONU à New York, avoir été informé d'un projet d'attentats par des combattants étrangers de l'organisation Etat islamique visant des métros à Paris et aux Etats-Unis.

La Maison-Blanche a précisé qu'elle prenait toute menace "au sérieux" et travaillait toujours pour "corroborer" les informations qu'elle recevait de ses partenaires.

La France renforce les mesures de prévention "contre les risques terroristes"

Renforcement des contrôles dans les grands magasins et des patrouilles dans les transports en commun: le gouvernement a décidé jeudi d'augmenter les mesures de prévention "contre les risques terroristes" dans les lieux publics, au lendemain de l'annonce de la décapitation en Algérie d'un otage français par ses ravisseurs jihadistes.

Réuni jeudi après l'exécution d'Hervé Gourdel, un conseil de défense, présidé par François Hollande, a décidé que "les mesures de prévention contre les risques terroristes mises en oeuvre sur le territoire national (allaient) être renforcées dans les lieux publics et dans les transports", a annoncé l'Elysée.

"Le conseil restreint de défense a décidé d'adapter la posture Vigipirate en vigueur au regard de l'évolution du contexte international et de l'engagement militaire de la France en Irak", a précisé le secrétariat général à la défense et à la sécurité nationale (SGDSN), qui gère "Vigipirate", dans un communiqué. "Des patrouilles fréquentes" seront menées dans "les réseaux sous-terrains de transport en commun" par les policiers et les gendarmes (sécurité publique, forces mobiles), de "manière ponctuelle et aléatoire" et "pourront comporter des contrôles d'identité et des vérifications du contenu des sacs et bagages transportés".

Par ailleurs, "les mesures habituellement mises en oeuvre pour les fêtes de fin d'année afin de garantir la sécurité dans les grands magasins et les centres commerciaux seront activées", avec la possibilité de contrôle des sacs, en coopération avec les services de sécurité privée, ajoute le SGDSN.

Les citoyens sont appelés à "signaler toute situation anormale", ajoute le SGDSN, qui dépend des services du Premier ministre.

Les mesures de sécurité en vigueur comportent "la restriction ou l'interdiction de stationnement ou de circulation aux abords de certains bâtiments, lieux ou installations sensibles ainsi que des opérations de surveillances des principaux sites touristiques, des lieux de cultes des aérogares et des gares".

Elles ont été renforcées en juillet "par la mise en oeuvre de mesures complémentaires de sûreté en porte d'embarquement pour les compagnies aériennes françaises". De plus, "en fonction du contexte local, les préfets ont également rehaussé l'attention portée par les forces de police et de gendarmerie aux édifices et lieux sensibles, comme aux grands rassemblements (rencontres sportives, grands spectacles en particulier)".

La SNCF, qui "applique le plan Vigipirate depuis 2006", a dit de son côté avoir "mis en place une organisation précise et efficace et notamment un plan de sûreté d'opérateur", avec une direction de la sûreté chargée de l'application des mesures Vigipirate, et qui compte 3.200 agents.

Le dispositif Vigipirate, conçu en 1978, est "aujourd'hui opérationnel et efficace" selon le gouvernement. Il reste au niveau de "vigilance" et n'a pas été porté, malgré les récentes menaces de l'organisation jihadiste Etat islamique visant les Français, au niveau "alerte attentat" qui s'applique quand des projets d'attaques ont été détectés par les services de renseignement ou quand un acte terroriste a été commis sur le territoire national.