Les dirigeants palestiniens, sous pression pour agir après la diffusion d'analyses médicales confortant la thèse d'un empoisonnement de leur chef historique Yasser Arafat, ont désigné vendredi Israël comme l'unique suspect de son "assassinat".

Cette accusation "sans fondement et sans la moindre preuve" a de nouveau été démentie par le porte-parole des Affaires étrangères israéliennes, Yigal Palmor. "Israël n'a pas tué Arafat, point final", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Israël est le premier, le principal et unique suspect dans l'affaire de l'assassinat de Yasser Arafat", a affirmé le président de la commission d'enquête officielle palestinienne sur la mort d'Arafat, Tawfiq Tiraoui.

Il s'exprimait lors d'une conférence de presse à Ramallah en Cisjordanie, sur la foi notamment des rapports médicaux transmis par un laboratoire suisse et l'Agence fédérale russe d'analyses biologiques.

Ces rapports d'analyses sur les échantillons prélevés sur la dépouille établissent que "Yasser Arafat n'est mort "ni de vieillesse, ni de maladie, mais par empoisonnement", a indiqué le Dr Abdallah al-Bachir, chef de l'équipe médicale de la commission.

Les analyses montrent la présence de quantités anormales de polonium-210 mais ne permettent pas d'en déduire irréfutablement qu'il s'agit de la cause de la mort, a-t-il souligné.

"Nos résultats soutiennent raisonnablement la thèse de l'empoisonnement", a résumé jeudi le Dr François Bochud, directeur de l'Institut de radiophysique appliquée de Lausanne, un des auteurs du rapport suisse.

L'Autorité palestinienne a en outre sommé la France, dont la Justice a fait analyser des échantillons biologiques de M. Arafat, de lui en communiquer les résultats.

L'analyse française a été menée sur des échantillons prélevés par une équipe agissant dans le cadre d'une information judiciaire pour assassinat ouverte en 2012 en France à la suite d'une plainte déposée par la veuve, Souha Arafat.

"Nous n'avons reçu aucune réponse jusqu'à présent de la partie française. Nous avons envoyé une nouvelle lettre aux Français demandant d'accélérer l'envoi des résultats et nous attendons toujours", a déclaré le ministre palestinien de la Justice Ali Mhanna.

"La France connaît toute la vérité et les détails sur le martyre de Yasser Arafat", a insisté M. Tiraoui, expliquant tirer sa conviction de l'implication d'Israël du caractère sophistiqué du polonium et des déclarations des dirigeants israéliens de l'époque souhaitant ouvertement la disparition d'Arafat.

"Le peuple palestinien a le droit de connaître toute la vérité sur la mort d'Abou Ammar (Yasser Arafat)", a-t-il dit, la qualifiant de "crime du XXIe siècle".

Dans des interviews télévisées, Souha Arafat a estimé que le polonium avait sans doute été administré à son mari par un membre de son entourage.

Les causes de la mort de Yasser Arafat le 11 novembre 2004 dans un hôpital militaire français n'ont pas été élucidées, et nombre de Palestiniens soupçonnent Israël, qui a toujours nié, de l'avoir empoisonné.

Le Premier ministre israélien de l'époque "Ariel Sharon avait ordonné de tout faire pour éviter qu'Arafat --encerclé par l'armée israélienne à Ramallah jusqu'à son évacuation vers la France-- ne soit pas tué par nos soldats", a assuré jeudi à l'AFP Raanan Gissin, ancien porte-parole et conseiller d'Ariel Sharon.

La publication des résultats tombe à un moment délicat pour le président palestinien Mahmoud Abbas, engagé dans de difficiles négociations de paix avec Israël, pendant lesquelles il a accepté de suspendre toute démarche auprès des organisations internationales, y compris les instances judiciaires susceptibles de poursuivre Israël.

Lors de l'ouverture de la tombe d'Arafat, M. Tiraoui avait annoncé que si les résultats confirmaient la thèse de l'empoisonnement, les dirigeants palestiniens saisiraient la Cour pénale internationale (CPI), un recours qui paraît compromis dans l'immédiat.

Interrogé sur les suites judiciaires de ses déclarations, le président de la commission d'enquête a répondu qu'une telle initiative revenait à la direction palestinienne.

Une soixantaine d'échantillons biologiques avaient été prélevés le 27 novembre 2012 dans la tombe de Yasser Arafat à Ramallah, puis répartis pour analyse entre les trois équipes, suisse, française et russe.