Le réchauffement climatique dû à la pollution de l'atmosphère va-t-il rayer une nation du monde de la carte? C'est en tous les cas ce que laisse penser l'annonce faite jeudi à Washington par l'organisation environnementale Earth Policy Institute (EPI). Son président, le très écouté Lester Brown, affirme que les autorités de Tuvalu, un Etat corallien sans importance de Micronésie, perdu quelque part entre l'Australie et Hawaï, a renoncé à se battre contre la montée des eaux et a décidé d'entamer les démarches nécessaires à l'évacuation progressive de ses quelque 11 000 habitants. Selon M. Brown, les premiers habitants devraient quitter l'archipel dès 2002 pour la Nouvelle-Zélande. Wellington s'est toutefois empressée, jeudi, de démentir l'existence d'un quelconque accord. L'Australie, elle, aurait refusé d'accueillir ces premiers `réfugiés climatiques´.

INONDATIONS EXTRÊMES

Cette décision extrême serait la conséquence des dégâts provoqués récemment sur la principale île de Funafati par une marée de printemps qui a atteint 3,2 mètres, et ce alors qu'aucun endroit de l'atoll n'est à plus de 4,5 mètres au-dessus du niveau de la mer. L'étude climatologique publiée le 12 novembre dernier à Auckland selon laquelle le réchauffement climatique s'accélérerait dans le Pacifique plus qu'ailleurs durant la seconde moitié du XXIe

siècle n'a dans ce contexte rien fait pour encourager les Tuvaluans à s'accrocher à leur petit bout de terre.

Si l'élévation lente des océans ne fera pas disparaître du jour au lendemain tout le pays sous les flots, elle n'en renforcera pas moins la précarité de l'existence. Les climatologues sont formels: les inondations seront toujours plus fréquentes et toujours plus destructrices, perturbant jusqu'à un point de non-retour l'ensemble de l'écosystème. Gorgés de sels, les sols perdront peu à peu leur fertilité. En clair, l'île sera invivable.

A cela, Tuvalu ajoute une vulnérabilité supplémentaire: les habitations et la plupart des équipements d'infrastructures vitaux se concentrent à moins d'un kilomètre des côtes. Et avec une superficie de 26 kilomètres carrés répartis sur neuf atolls, inutile de préciser que les zones de repli sont plus que limitées. Bref, c'est l'impasse. Et ce n'est pas l'économie locale qui va permettre de trouver une solution. La population vit essentiellement du produit de son agriculture et de sa pêche et le gouvernement se débrouille en tirant le plus gros de ses revenus de la vente de timbres et de monnaies.

MILLIONS DE RÉFUGIÉS

`Si Tuvalu est le premier pays où la population sera forcée d'évacuer il ne sera certainement pas le dernier´

Prévient M.Brown. Il n'est un secret pour personne que l'élévation du niveau des océans, phénomène provoqué à 80 pc par la dilatation de l'eau et à 20 pc par la fonte des glaciers, menace l'ensemble des terres situées au ras de la mer.

Les Pays-Bas, on le sait, renforcent d'ores et déjà l'ensemble de leurs digues. Mais tous n'ont pas les moyens d'une telle politique de prévention. D'après le groupe d'experts mis en place par l'Onu pour surveiller l'évolution du climat (Giec), une élévation de 15 à 95 cm d'ici 2100 comme les modèles climatiques semblent le prévoir, pourrait imposer à terme le déplacement de 10 à 50 millions de personnes. Dans le delta du Nil, en Egypte, quelque 10 millions de personnes vivent ainsi à moins d'un mètre d'altitude. Le Bangladesh devra lui aussi très probablement s'habituer à vivre constamment les pieds dans l'eau. Dans le Pacifique, Kiribati et les îles Marshall dressent des digues avec l'aide financière de l'Australie voisine. Dans l'Océan Indien, les 311000 habitants du très touristique archipel des Maldives pourraient en revanche eux être forcés de quitter leurs petits paradis.

Ironie du sort, Tuvalu, qui n'a accédé à l'indépendance qu'en 1978 après 86 ans de protectorat britannique, avait été admis en septembre dernier aux Nations unies, y devenant le 189e Etat membre. Mais peut-être pas pour très longtemps.

© La Libre Belgique 2001