ÉCLAIRAGE

CORRESPONDANT PERMANENT A PARIS

Lionel Jospin a perdu 2,6 millions de voix depuis 1995. Que s'est-il donc passé ? Passage en revue des raisons d'une déroute.

1. Un bilan insuffisant.

A maints égards, le bilan de l'équipe Jospin est assez bon. Sur le plan de l'insécurité, il est faible, ni plus ni moins. Mais la surenchère faite autour de cette question par la droite et les médias ont fait passer ce volet de son bilan pour exécrable. Sans nuances, l'opinion a suivi.

2. Une campagne monomaniaque.

Chirac a fait exclusivement campagne sur l'insécurité. Cela a évidemment fragilisé Jospin et contribué à la hausse de Le Pen.

3. La montée de la gauche `ultra´

Dix pc environ de l'électorat trotskiste sont constitués d'anciens électeurs du PS déçus par la participation gouvernementale et la gauche plurielle. C'est vraisemblablement la marge qui a manqué à Jospin pour se hisser au second tour.

4. Une gauche `plurielle´ éparpillée.

`Si Taubira ne s'était pas présentée, Le Pen ne serait pas au second tour´, disait-on au Parti socialiste, dimanche. C'est peu aimable pour la candidate radicale, mais c'est un peu vrai: si Jospin avait bénéficié ne fût-ce que de ses 2 pc, il se serait hissé au second tour. Christiane Taubira n'est bien sûr pas seule en cause. Si Jean-Pierre Chevènement, par exemple, n'avait pas quitté le giron `pluriel´, Jospin aurait atteint les 20 pc et fait jeu égal avec Chirac.

5. Un électorat démobilisé.

L'abstention a été élevée chez les jeunes et dans l'électorat populaire. Or, en 2002 contrairement à 1995, les sondages promettaient leurs suffrages à Jospin. En outre, la démobilisation de l'électeur a atteint des niveaux astronomiques dans plusieurs bastions historiques du PS (Nord, etc.).

6. Les erreurs de campagne.

Lionel Jospin a commis de sérieuses gaffes (l'âge de Chirac, sa `naïveté´ sur l'insécurité, etc.). En outre, avant de faire marche arrière - trop tard -, il a dérouté son électorat en optant d'emblée pour un positionnement centriste, alors que cette posture correspond généralement au second tour.

Pendant sa campagne, il s'est également peu servi de ses ministres les plus populaires.

7. Un problème d'image.

Malgré ses efforts, Jospin n'est pas parvenu à casser son image d'homme compétent, sérieux et rigoureux certes, mais aussi terne, voire austère. Du coup, à peine un électeur sur cinq a voté pour lui en raison de sa personnalité (lire ci-contre).

8. Une actualité peu porteuse.

Ces deux derniers mois, Jospin a été peu servi par l'actualité. Quand des faits divers dramatiques ne remuaient pas le couteau dans la plaie sécuritaire, les événements du Proche-Orient renforçaient la légitimité présidentielle de Chirac.

9. La `malédiction de Matignon´.

Pour la petite histoire - cette tradition ne vaut évidemment pas règle -, Lionel Jospin échoue dans sa tentative de conquérir l'Elysée comme avant lui deux Premiers ministres sortants: Jacques Chirac en 1988 et Edouard Balladur en 1995. La transition du statut de chef de gouvernement à celui de présidentiable est particulièrement difficile à gérer.

© La Libre Belgique 2002