Les 250 000 habitants restant à Alep sont en train de vivre un véritable cauchemar. Alors qu’une trêve tenait vaille que vaille depuis huit semaines, l’armée syrienne a lancé depuis vendredi des raids meurtriers sur les quartiers tenus par les rebelles, ce qui serait le prélude à une offensive pour reprendre la totalité de la deuxième ville de Syrie, selon le journal progouvernemental de Damas, al-Watan.

Ces raids intenses ont débuté un jour après le départ de Genève du Haut comité des négociations (HCN). Le principal groupe d’opposition a quitté la table des négociations pour protester notamment contre le non-respect de la trêve par l’armée syrienne.

"Aucun quartier n’est épargné"

Depuis, tout Alep est sous le feu. Les roquettes rebelles tombent sur la zone tenue par les soldats gouvernementaux tandis que l’aviation syrienne frappe des immeubles qui tombent comme des châteaux de cartes. "Aucun quartier n’est épargné", indique Valter Gros, le responsable du CICR à Alep. "Où que l’on soit, on entend des explosions de mortiers, des bombardements et des avions qui survolent la ville." Un commerçant de la ville interrogé par l’AFP depuis Beyrouth s’exclame : "Les bombardements et les tirs de ro quettes ne s’arrêtent jamais. C’est comme si on était en pleine guerre mondiale."

Alep était avant la guerre une cité prisée des touristes et un poumon économique du pays. Elle abritait près d’1,7 million d’habitants. Aujourd’hui, certains quartiers sont un champ de ruines.

Un hôpital soutenu par MSF détruit

Des tirs de mortier ont fait au moins 14 morts dans la zone gouvernementale tandis qu’une frappe aérienne a totalement détruit, dans la nuit de mercredi à jeudi, l’hôpital Al-Qods qui était soutenu par MSF et la Croix-Rouge internationale.

"Au moins 14 personnes", dont deux docteurs, ont été tuées dans cette frappe selon MSF. Le dernier pédiatre des quartiers rebelles figure parmi les victimes, selon plusieurs sources.

Des enfants également ont été tués, car cet hôpital était le principal centre pour les soins pédiatriques à Alep. MSF fournissait de l’équipement médical à l’hôpital depuis 2012.

Une quarantaine de personnes auraient également péri dans la destruction d’un immeuble de cinq étages voisin, selon un membre de la Défense civile d’Alep cité par Reuters.

Les combats qui se déroulent à Alep s’inscrivent dans une offensive plus large dans le nord du pays contre la coalition rebelle soutenue notamment par la Turquie et l’Arabie saoudite.

Celle-ci est pressée de toutes parts, au sud par l’armée syrienne, à l’ouest par les forces kurdes et à l’est par l’Etat islamique. Cette coalition n’a plus qu’une seule route accessible qui la relie à la frontière turque. Si celle-ci est coupée, elle sera totalement encerclée à Alep. Les vivres manqueront et les rebelles n’auront plus qu’à se rendre.

A l’est, l’Etat islamique profite de la faiblesse de la coalition pour lui conquérir des territoires. Dans la nuit du 25 au 26 avril, il a pris le contrôle de plusieurs villages s’avançant vers trois camps de réfugiés situés proches de la frontière turque. A l’ouest, les rebelles ont tenté de reprendre aux forces kurdes la localité de Tal Rifaat. Ils ont échoué et au moins 64 combattants ont été tués selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Appel aux présidents Obama et Poutine

Désespéré, l’envoyé spécial de l’Onu sur la Syrie Staffan de Mistura a appelé jeudi à Genève "de toute urgence, une initiative américano-russe au plus haut niveau" pour tenter de sauver le cessez-le-feu.