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Le pasteur Cosma Wilungula, politologue et directeur de l’Institut congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), tire a sonnette d’alarme dans une interview à "La Libre" : la rébellion menace le Parc national des Virunga.

Quels sont les parcs nationaux les plus menacés aujourd’hui au Congo ? Et par qui ?

Ce sont ceux de l’est du pays : ceux de Kahuzi Biega (Sud-Kivu), des Virunga (Nord-Kivu) - très menacé - la Réserve de faune à okapis (Ituri), le Parc national de la Garamba (Prov. Orientale), et celui de la Maïko (Prov. Orientale et Nord-Kivu).

C’est dans le parc des Virunga qu’on retrouve la plus grande concentration de groupes armés aujourd’hui : huit à neuf d’entre eux l’occupent, groupes qui se sont développés derrière le M23. Ces groupes ont réellement intensifié leur activité depuis que l’attention internationale est braquée sur le M23. Tout le parc des Virunga, du Nord au Sud, d’Est en Ouest, est contrôlé par ces groupes armés d’origine congolaise ou étrangère. Le FDLR (NdlR : groupe armé de Hutus rwandais issus des génocidaires) se trouve à Kahuzi Biega, dans les Virunga et à Maïko. Ces groupes nous empêchent de faire notre travail et se livrent à la destruction des parcs.

Que détruisent-ils ?

Ils se livrent au braconnage des éléphants, au trafic d’ivoire et exploitent des ressources minières - le coltan, la cassitérite, l’or. Ils prennent des populations entières en otage pour leur faire faire des travaux forcés avec des sévices, des viols de femmes et d’enfants. C’est un dommage incroyable qui est en train de s’opérer.

Que pouvez-vous faire ?

Nous louons la bravoure des gardes du parc. Ils doivent faire face à presque deux accrochages par semaine alors qu’ils ne sont pas suffisamment armés. Certains groupes armés se coalisent - les FDLR et les Maï-Maï. Ils posent de sérieux problèmes car ils deviennent plus forts et se livrent à la pêche illicite en utilisant des filets interdits ; ils utilisent aussi des gens pour faire de l’agriculture.

A la réserve de faune à okapis, on a tué lâchement des okapis et des éléphants. Les habitants de quatre à cinq villages ont été pris en otages pour porter les défenses des éléphants ; une défense pèse de 15 à 20 kilos, parfois jusqu’à 50 kilos. Ils utilisent les villageois comme porteurs forcés.

L’espèce des okapis est-elle menacée ?

Cette espèce est considérée dans la région comme emblématique. La population locale ne mange pas l’okapi, ce qui a été un élément favorable à sa conservation. Ces groupes armés venus d’ailleurs, en revanche, considèrent l’animal comme un gibier et le tuent. Ce qui les intéresse aussi, c’est la peau d’okapi. Les pays voisins reçoivent des tonnes de peaux d’okapi, qui sont expédiées dans des pays asiatiques.

Qu’en est-il des droits d’exploration pétrolière du parc des Virunga ?

Le gouvernement congolais veut vérifier les ressources des réserves pétrolières : qu’en est-il exactement, en quelles quantités... Le gouvernement attend de connaître ces ressources avant de donner une autorisation d’exploiter. Notre souci est de veiller à ce que le parc ne soit pas détruit. On ne doit pas ipso facto dire que l’exploitation va détruire le parc. Il faut voir.

Ce qui se passe dans le parc des Virunga rend-il difficile le développement du tourisme dans les parcs congolais ?

Nous avons de sérieux problèmes. Nous étions déjà très bien partis. En 2012, nous nous attendions à avoir plus de 6 000 touristes, un record. La saison touristique est en train de se dérouler. Le Rwanda a fait le plein de réservations jusqu’en décembre alors qu’ils n’ont que le gorille de montagne, que le Congo et l’Ouganda ont aussi. Nous aurions pu jouir de cet intérêt pour le gorille. Nous avons d’autres ressources, comme l’escalade du volcan actif de Goma, les chimpanzés et la plaine de la Rwindi - une plaine merveilleuse, dotée d’une belle faune. Et nous venons d’apprendre que le M23 fait maintenant du tourisme dans le parc ; les touristes entrent par le Rwanda et par l’Ouganda. C’est très préoccupant, notamment s’il n’y a pas de guide expérimenté avec les touristes.

Le gorille est en effet un animal très sensible. Lorsque vous l’observez, vous l’exposez. Nous respectons une distance de sept mètres quand nous lui rendons visite. Plus vous approchez l’animal, plus vous risquez de le contaminer par le souffle et s’il y a des épidémies, nous risquons de faire disparaître cette espèce, dont il ne reste plus que 700 exemplaires dans le monde. C’est cela qui nous fait peur.