Brusque poussée de fièvre, samedi, à Kinshasa, où une manifestation organisée par les partisans de Jean-Pierre Bemba pour protester contre des "fraudes" au second tour de la présidentielle a abouti à des violences lorsque des "shégués" (enfants de la rue et sans logis adultes) ont monté des barrages de pneus en flammes, réprimés par les forces de l’ordre. On déplore quatre morts.

Avantage irrattrapable

Cette brusque montée de tension survient alors que la publication par la Commission électorale indépendante (CEI) des résultats du second tour de la présidentielle donne un avantage irrattrapable au président sortant, Joseph Kabila.

Le camp Bemba a rédigé trois contestations des chiffres officiels. L'une, pour 40 000 voix à Kananga, "mais la CEI a rapidement corrigé", indique à "La Libre Belgique" Fidèle Babala, directeur de cabinet de M. Bemba. Les deux autres au sujet de "18 000 voix à Goma" et de "plus d'un million de votes par dérogation" (hors de la circonscription de l'électeur). "La loi en permet 11 par bureau de vote; au Kivu et au Maniema (provinces très pro-Kabila), il y en a eu une moyenne de 25 - 30 par bureau de vote. Le clou est au Nord-Katanga où, à Kalemié, notamment, certains bureaux de vote en ont enregistré plus de 250 !", assure M. Babala.

Pour ces cas-là, la CEI renvoie le camp Bemba à la Cour suprême, ce qui ne satisfait pas les bembistes qui souhaitent "une interruption de la publication des résultats comme aux Etats-Unis", il y a six ans, lors de l'élection controversée de George Bush.

Dimanche, alors que le calme était revenu dans la capitale congolaise, les observateurs tentaient de comprendre la portée des événements de la veille. Ils notaient que, bien que la population de Kinshasa soit largement pro-Bemba, elle n'était pas intervenue lors des affrontements de samedi. Ceux-ci sont restés circonscrits au centre-ville, tandis que le reste de Kinshasa demeurait parfaitement calme.

"Ils attendent la publication officielle des résultats pour réagir", analysent certains Kinois. "Les gens protestent mais refusent l'aventure", certifient d'autres.

© La Libre Belgique 2006