"Les Roms n’ont pas vocation à s’intégrer, mais à rentrer dans leur pays." La petite phrase du ministre de l’Intérieur français, Manuel Valls, laissera des traces. "Il n’y a qu’en France que cette question suscite autant d’émoi" , rétorque Baudouin Janssens, qui coordonne le dossier des Roms au sein d’Amnesty International Belgique. Une agitation qu’il explique par la pression exercée par le Front national sur la politique hexagonale, mais qui est aussi, à ses yeux, "l’expression du racisme dans la société. On ne veut pas les voir" .

Bien sûr, reconnaît-il, cette intégration ne peut se faire du jour au lendemain et des problèmes réels, liés notamment à l’exploitation de la mendicité ou aux réseaux de pickpockets, existent. Ceux-ci sont cependant plus le fait de la misère endémique dans laquelle vivent ces populations que de leur origine ethnique. "Il faut couper les ailes à un canard, martèle-t-il , les Roms ne sont pas nomades, ils veulent se fixer." Mais les discriminations et les persécutions dont ils sont victimes dans leurs pays d’origine (Roumanie, Bulgarie, Slovaquie, etc.) les poussent à chercher un avenir meilleur. Un état des lieux accablant dans ce sens a d’ailleurs été dressé en 2012 par le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe.

En dépit des évolutions légales en Slovaquie, énumère M. Janssens à titre d’exemple, les populations roms restent victimes de ségrégation. "Ils vivent dans des quartiers séparés en périphérie des villes ou dans des ghettos éloignés qui s’apparentent à des bidonvilles, souvent sans accès à l’eau potable. A l’école, les enfants sont victimes d’apartheid, puisqu’on les regroupe dans des classes spéciales ou dans l’enseignement destiné aux enfants attardés."

Depuis la chute du rideau de fer et l’adhésion des ex-pays communistes à l’UE, environ 30 000 personnes dites "Roms migrants" sont ainsi arrivées en Belgique. Si une partie d’entre elles ont trouvé des conditions de vie acceptables et se fondent dans le paysage, d’autres sont toujours dans une situation précaire. Paradoxalement, souligne notre interlocuteur, le fait d’être ressortissants européens joue en leur défaveur car leur statut administratif ne leur donne accès à aucun droit (aide sociale, aide médicale, etc.). "On fabrique une espèce de sous-citoyen européen" , s’indigne-t-il. Du côté de la Commission européenne, on rappelle avoir œuvré à la mise en place d’un cadre communautaire pour des stratégies nationales d’intégration, mais que ces compétences demeurent en grande part du ressort des Etats membres et de la volonté politique. Et de fait, reconnaît une experte de la Commission, "on observe que la situation des Roms n’a pas beaucoup changé" .