Pressentir qu’un drame se prépare, mais ne pas être en mesure de convaincre les autorités, à qui reviennent, au final, la décision de procéder ou non à une arrestation. Telle est la frustration ultime des "whistle-blowers", comme on appelle aux Etats-Unis ceux qui avaient pressenti que des attentats de l’envergure du 11 septembre se préparaient. Le journaliste François Bringer en a rencontré plusieurs, agents des services de renseignements ou diplomates, qui ont risqué leur carrière à vouloir prévoir l’impensable et qui, pour la plupart, ont été licenciés après les attentats. Certains affirment avoir repéré des terroristes présumés, avant les attentats, comme Zacarias Moussaoui et Mohamed Atta. L’un de ces "whistle-blowers", qui font toujours la controverse aux Etats-Unis, est Anthony Shaffer, engagé en 1999 dans l’opération "Able Danger" mise sur pied par le U.S. Special Operations Command (SOCOM) et la Defense Intelligence Agency (DIA) de l’armée américaine pour détecter les risques du terrorisme international sur le sol américain. En glanant les informations sur internet et sur la fréquentation des mosquées, Able Danger dressa un tableau des relations entre les suspects. Shaffer fut l’une des sources qui alertèrent la presse américaine, en 2005, sur le fait que l’un des pirates de l’air du 11 septembre, Mohamed Atta, avait été identifié par le programme "Able Danger". Une commission d’enquête l’a contredit en 2006, mais Shaffer persiste et signe, dans ce livre de François Bringer. "La notion qui prévalait au Pentagone, c’est qu’ils ne viendraient jamais nous attaquer ici", dit-il. "Nous avions une méthode de pensée défaillante. C’est-à-dire que nous appliquions une mentalité logique et rationnelle à une mentalité, celle du terroriste, qui obéit à une logique différente de la nôtre". Le Pentagone n’aimait pas non plus fouiller dans les affiliations religieuses des suspects. Un livre interpellant. Ch. Ly.

"Ils avaient donné l’alerte", par François Bringer, Editions du Toucan, 2011, 203 pages.