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Libye: les combats se poursuivent à Tripoli

AFP

Publié le - Mis à jour le

Quatre jours après l'entrée de l'insurrection dans la capitale libyenne, les affrontements se poursuivaient jeudi dans les rues de Tripoli entre les rebelles et les forces kadhafistes, tandis que l'opposition tentait d'affermir son contrôle sur l'ensemble de la Libye. Depuis sa cachette, Kadhafi a appelé ses fidèles à "ne pas laisser Tripoli aux rats".

L'arrivée des forces rebelles dimanche dans la capitale a entraîné l'effondrement du régime. Mais Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, refuse toute reddition et reste introuvable. Son porte-parole Moussa Ibrahim, reconnaissable à sa voix, a affirmé par téléphone à l'Associated Press qu'il se trouvait toujours en Libye mais bougeait sans cesse, que sa famille allait bien et qu'il restait entouré de ses principaux conseillers militaires et politiques.

Kadhafi a fait circuler un nouveau message sonore jeudi pour répéter qu'il voulait "le martyr ou la victoire". "Ne laissez pas Tripoli aux rats.

Combattez-les! Combattez-les! Combattez-les!", dit-il dans cet enregistrement diffusé par la chaîne Al-Arabiya, exhortant les tribus à "continuer leur marche sur Tripoli" et accusant les rebelles de vouloir violer les femmes une fois l'OTAN parti.

La direction de la rébellion a mis sa tête à prix, offrant 2 millions de dollars (environ 1,4 million d'euros) de récompense. Un porte-parole du ministère américain des Affaires étrangères a pour sa part déclaré que son pays, chargé de la surveillance aérienne de la Libye dans le cadre de l'opération de l'OTAN, ne participait pas à la traque de Kadhafi, ce qui semble contredire les propos du ministre britannique de la Défense Liam Fox.

Pendant ce temps, la reconstruction de la Libye et, par voie de conséquence, un dégel des avoirs libyens du régime Kadhafi au profit de l'opposition, qui semble sur la voie de la victoire, se trouvaient au centre des préoccupations internationales. Le Conseil national de transition (CNT) reconnu comme légitime par les pays du Groupe de contact sur la Libye, demande une aide d'urgence d'au moins 5 milliards de dollars (3,4 milliards d'euros).

A l'heure où se réunissaient à Istanbul des diplomates de haut rang du Groupe de contact pour préparer un sommet des dirigeants prévu pour le 1er septembre à Paris à l'initiative de la France, Silvio Berlusconi a annoncé jeudi que Rome s'apprêtait à débloquer 350 millions d'euros d'avoirs libyens gelés sur des comptes italiens.

Le président du Conseil a parlé de première tranche à l'issue d'une rencontre avec le "Premier ministre" du CNT, Mahmoud Jibril, reçu la veille par Nicolas Sarkozy. Mais il n'a pas dévoilé le montant total des avoirs libyens en Italie, ancienne puissance coloniale et premier partenaire commercial de la Libye. Tout déblocage d'avoirs en Italie ou ailleurs exigerait une résolution des Nations unies.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit ainsi se prononcer cette semaine sur un projet de résolution prévoyant le dégel d'1,5 milliard de dollars (1 milliard d'euros) d'avoirs libyens dans les banques américaines. A en croire des analystes, jusqu'à 110 milliards de dollars (76,5 milliards d'euros) sont gelés à travers le monde.

D'après des diplomates, l'Afrique du Sud a exprimé des objections sur le dégel des avoirs aux Etats-Unis. Le président sud-africain Jacob Zuma s'est néanmoins engagé à soutenir le déblocage de 500 millions de dollars, précisant que les dirigeants de l'Union africaine devaient s'entretenir jeudi à Addis Abeba d'un dégel d'avoirs supplémentaires.

Si les discussions semblent progresser, la situation sur le terrain est loin d'être stabilisée. Dans l'après-midi, d'intenses échanges de tirs étaient entendus à Tripoli, près de l'hôtel Corinthia où résident de nombreux journalistes étrangers. Un millier de rebelles encerclaient des kadhafistes dans une dizaine de bâtiments proches de l'ancien QG du "Guide", dans le quartier d'Abou Salim.

Par ailleurs, selon un représentant de l'OTAN à Bruxelles, des frappes aériennes ont été menées dans la nuit car les forces de Kadhafi tentaient de réparer des systèmes d'armement endommagés dont des missiles sol-air, "énorme menace" pour les appareils de l'Alliance et les vols humanitaires.

A l'heure actuelle, l'une des cibles clés de l'insurrection est Syrte -fief de Kadhafi- à quelque 400km de Tripoli. Mais l'opposition reconnaît que la prise de la ville ne sera pas facile, compte tenu de l'engagement attendu de membres de tribus alliées du "Guide" libyen. Des dirigeants de la rébellion ont précisé qu'ils tentaient de négocier une reddition pacifique de la ville.

Dans d'autres zones, de violents affrontements avaient lieu jeudi près de Ben Jaouad (environ 650km au sud de Tripoli), selon le vice-ministre de la Défense du CNT, Faouzi Abou Ketf.

Cette semaine, les insurgés se sont emparés de la ville pétrolière de Ras Lanouf ainsi que de plusieurs secteurs de Sebha -autre bastion de Kadhafi dans le sud-, selon des responsables de la rébellion. L'un d'eux, Adel al-Zintani, a précisé que des mercenaires originaires de l'Afrique subsaharienne à la solde de Kadhafi avaient fui Sebha mais que les loyalistes résistaient.

Sur le plan humanitaire, la situation est de plus en plus difficile, a précisé M. Keft, faisant notamment état de coupures d'eau.

Devant les risques posés par la poursuite des troubles, un bateau maltais, qui devait évacuer au moins 24 étrangers bloqués à Tripoli a fait demi-tour jeudi.

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a cependant déclaré qu'un bateau devant porter secours à des centaines d'étrangers dans la capitale avait pu se mettre à quai et que les évacuations pourraient avoir lieu jeudi.

Quant à quatre journalistes italiens enlevés la veille par des ladhafistes, selon Rome, ils ont été libérés jeudi.

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