Entretien

C’est ce mardi qu’est attendu le verdict officiel de la Commission européenne sur la nouvelle Constitution hongroise. L’exécutif européen doit annoncer si une procédure d’infraction à la législation sera enclenchée à l’encontre de la Hongrie, où le Premier ministre Viktor Orban a profité de la majorité des deux tiers de son parti, le Fidesz, au Parlement pour faire adopter des lois très controversées. Selon une source communautaire, la Commission devrait adresser "trois lettres de mise en demeure", mardi ou mercredi, au gouvernement hongrois. Le pays aura alors "moins de quinze jours" pour modifier les réformes relatives à la banque centrale et aux juges notamment. La mise en demeure est la première étape d’une procédure d’infraction pouvant mener, à terme, à la saisie de la Cour de justice européenne.

Pour le député européen Louis Michel, membre de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe, "il est évident que les atteintes qui sont portées à liberté de la presse, à l’indépendance de la justice, de la police, de la banque centrale sont des atteintes graves à la Charte des droits fondamentaux et au Traité de l’Union européenne". Et que la Commission européenne doit engager une procédure de sanctions.

Qu’est-ce qui vous inquiète en Hongrie ?

D’abord, c’est que si un pays en voie de développement devait prendre de telles mesures, il serait immédiatement critiqué par toute la communauté internationale. A commencer par les instances de l’Union européenne. Deuxièmement, c’est que le PPE (le Parti populaire européen, NdlR), qui est le premier parti du Parlement européen, réagit en protégeant l’un de ses membres (Viktor Orban, NdlR) qui est en contravention complète avec le traité. C’est d’autant plus grave que, manifestement, on semble accepter le principe d’une conception démocratique qui peut aller jusqu’à la tyrannie majoritaire.

Les réactions du PPE sont décevantes ?

Oui. C’est très grave ce qui se passe en Hongrie. Il est quand même difficile de considérer que c’est normal, pour un parti démocrate européen aussi important que le PPE - qui occupe une place aussi vaste et une telle influence dans les institutions européennes -, de ne pas avoir la discipline interne par rapport aux valeurs qu’il est censé défendre. On a plutôt l’impression que c’est une stratégie de protection ou de défense.