Le Belarus s'avère plus coriace que l'Ukraine dans son conflit énergétique avec la Russie, parce que son président Alexandre Loukachenko n'a plus rien à perdre. Tout comme au début de l'année passée, l'Europe risque de devenir une fois de plus victime des démêlés énergétiques de la Russie avec ses voisins immédiats.

Peu de pressions sur Minsk

Cette fois, ce n'est plus l'Ukraine mais le Belarus, considéré jusqu'à présent comme allié le plus fidèle de la Russie, qui s'oppose à Moscou. C'est précisément cette position privilégiée qui permettait au Président biélorusse d'exploiter les ressources énergétiques et le budget russes pour maintenir à flot son économie rustique.

Cette situation a duré jusqu'au jour où le Kremlin a compris que malgré ses promesses affichées, M. Loukachenko n'a aucune intention de rattacher son pays à la Fédération russe. C'est ainsi qu'à la fin de l'année écoulée, Moscou a eu recours à son "arme énergétique" en mettant Minsk devant le choix entre le prix européen pour le gaz russe et une fusion réelle des deux Etats.

Après un âpre marchandage, M. Loukachenko a accepté de payer dans un premier temps 100 dollars pour mille mètres cubes de gaz mais a tout de suite imposé le transit du pétrole russe via le Belarus vers l'Europe. Pris au dépourvu, les exportateurs russes ont d'abord vainement protesté contre cette mesure pour arrêter en désespoir de cause à partir du 8 janvier le transit pétrolier via le Belarus vers la Pologne, l'Allemagne et l'Ukraine.

Cela, sous prétexte que les autorités biélorusses volent le pétrole destiné à ces pays.

Minsk se déclare prêt à engager dès ce mardi des négociations à ce sujet avec Moscou. Tout semble indiquer cependant que le Kremlin a épuisé tous les moyens de pression sur M. Loukachenko. En effet, à la différence de son collègue ukrainien M. Iouchtchenko, qui a dû dans le temps céder aux exigences de Moscou dans une situation préélectorale, le dictateur biélorusse n'a à craindre ni des proches élections ni une opposition inexistante et encore moins une désapprobation de l'Occident. Cela, à plus forte raison qu'il sait que la Russie ne peut pas se permettre de fermer tous les ans les robinets de gaz ou de pétrole destinés à l'Europe sans nuire irrémédiablement à sa réputation de fournisseur fiable.

"Ne pas dramatiser"

D'autre part, comme l'a remarqué lundi Alexandre Makarkine, expert russe spécialisé dans les problèmes de l'espace postsoviétique, la Russie subit les conséquences de sa propre politique vis-à-vis de M. Loukachenko que le Kremlin a toujours considéré comme une sorte de rempart contre une éventuelle "occidentalisation" du Belarus. C'est au nom de cette politique que Moscou refusait obstinément de soutenir toute opposition même prorusse en Belarus.

Cela signifie, indique M. Makarkine, que la marge de manoeuvre pour la Russie dans son conflit avec M. Loukachenko est très réduite. D'autant plus, précise-t-il, que la réaction à cet imbroglio des pays européens concernés qui appellent, telle l'Allemagne, "à ne pas dramatiser la situation", risque de vite devenir beaucoup moins indulgente pour la Russie si cette dernière continue de tenir fermé le robinet pétrolier.

© La Libre Belgique 2007